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Dorota Chmielewska
DEA en Littérature et Civilisation Françaises

VOLTAIRE EN POLOGNE AU XVIII S.

Sous la direction du prof. Sylvain Menant


TABLE DES MATIERES

Introduction

Chapitre I. - Les rois : Stanislas Leszczynski et Stanislas-Auguste Poniatowski et leurs contacts avec Voltaire

Chapitre II. - La réception de l'œuvre dramatique

Chapitre III. - Les contes et quelques autres écrits philosophiques

Chapitre IV. - Voltaire dans les périodiques

Chapitre V. - Les polémiques autour de Voltaire

Chapitre VI. - L'influence sur des auteurs polonais:
Ignacy Krasicki
Tomasz Kajetan Wegierski
Jan Potocki
Adam Mickiewicz

Conclusion

Liste des traductions des œuvres de Voltaire en Pologne

Liste des écrits polémiques autour de Voltaire

Bibliographie



INTRODUCTION

Le présent mémoire a pour but de donner un aperçu général de la problématique de la réception de l'œuvre voltairienne en Pologne. La question étant très complexe, il est impossible de la traiter en détail. Ne visant pas l'exhaustivité, ce travail présentera une vue d'ensemble de la problématique concernant Voltaire en Pologne au XVIII s.
Pour montrer la diversité de la question, l'exposé sera divisé en cinq parties : la première présentera la situation générale de la Pologne au XVIIIe siècle et le rapport entre Voltaire et ce pays (introduction et le premier chapitre), la deuxième se penchera sur les traductions polonaises analysées par genre (chap. II et III), la troisième parlera des opinions et des polémiques autour de Voltaire contenues dans les périodiques ou éditées sous forme de livre (IV - V), et la quatrième essayera de montrer l'influence de Voltaire sur quelques auteurs polonais (VI). Enfin la conclusion voudra poser des problèmes non-abordés dans ce travail pour ouvrir de nouvelles pistes d'interprétation de la problématique voltairienne en Pologne. Puisque le phénomène de la réception voltairienne dépasse légèrement les frontières du XVIIIe siècle pour s'éteindre après presque totalement, le mémoire portera sur la période qui s'étend depuis les années 1730 (les premières mentions sur Voltaire en Pologne) jusqu'aux années 1830 où le romantisme gagne sa position forte dans la littérature.
Le problème de la réception de Voltaire n'est pas nouveau pour les chercheurs polonais. Il connaît plusieurs études intégrales ou partielles, entre autres deux thèses de doctorat consacrées à la réception des tragédies et des contes. C'est pourquoi l'auteur du présent travail essayera de rassembler tout ce qui a été déjà examiné, avec quelques ajouts personnels, et de dégager des conclusions parfois polémiques concernant l'image de Voltaire en Pologne.
La Pologne n'était pas un pays entièrement étranger à Voltaire. Il s'y est intéressé dans plusieurs de ses œuvres. Cependant ses sources d'information n'étaient pas toujours fiables. Il n'avait pas d'amis polonais, il n'a jamais voyagé en Pologne, et ses idées sur ce pays étaient souvent influencées par les grands souverains hostiles à la République des nobles.
Ce qui le fascinait en Pologne, c'était une dialectique de la liberté et du pouvoir. Il se posait la question : comment cet état avait pu concilier la liberté politique et individuelle de chaque membre d'une couche sociale relativement grande que constituait la noblesse et le fait d'avoir un roi, ce qui supposerait la centralisation du pouvoir. Pour lui, l'existence de cette république monarchique était à la fois incompréhensible et passionnante.
La préoccupation de Voltaire par rapport à la Pologne a été la plus forte dans les années 1766-1772. A cette époque éclate l'affaire des dissidents. Il s'agit d'un groupe de la noblesse polonaise non catholique qui réclame du roi Stanislas-Auguste les lois égales à celles de tout noble catholique. Le roi, menacé par Rome de la rupture avec l'Eglise, est réticent. Les dissidents, de leur côté, sont soutenus par Catherine II qui présente cette affaire comme une intolérance flagrante de l'état polonais. Voltaire, sans bien connaître la situation, séduit par la rhétorique de Catherine, s'engage de son côté pour convaincre tout le monde que l'intervention militaire russe en Pologne est nécessaire. Il écrit alors La Lettre sur les panégyriques, l'Essai historique et critique sur les dissensions des églises de Pologne et le Sermon prêché à Bâle.
Sur ces entrefaites la diète polonaise vote la loi sur les dissidents qui maintient la situation d'avant, et le 9 février 1768 se constitue la confédération de Bar. C'est une sorte de fronde de la noblesse catholique contre la montée de l'influence du pouvoir russe en Pologne. La confédération est soutenue par les Turcs et le gouvernement français - intéressés à diminuer la position russe dans cette région de l'Europe. Ce mouvement est conservateur et sarmate : d'un côté une guerre de religion, d'autre une lutte pour indépendance nationale où, sous les étendards représentants la Sainte Vierge, combattaient et l'évêque Krasicki et d'anciens élèves de l'Ecole des Cadets comme Tadeusz Kosciuszko ou Kazimierz Pulaski.
Voltaire ne voyait dans la confédération de Bar que l'intrigue du nonce du pape à Varsovie dont il fait part dans le Discours aux confédérés: "Braves Polonais (…) vous n'avez eu depuis longtemps que deux véritables ennemis, les Turcs et la cour de Rome (…) Sachez que les Russes tirent mieux que vous; n'obligez pas vos protecteurs à vous détruire". Aux événements en Pologne, il consacre aussi le Sermon du papa Nicolas Charisteski et Le Tocsin des rois.
Finalement, l'armée russe détruit les forces confédérées. Plusieurs dirigeants se trouvent en exil (Kosciuszko et Pulaski débarquent en Amérique pour y prendre part à la guerre d'indépendance). En 1772 la Pologne est pour la première fois partagée entre les trois pays avoisinants: la Russie, la Prusse et l'Autriche.
Voltaire serait surpris par le premier partage de la Pologne comme en témoigne sa lettre à Frédérique II: "Je fus attrapé comme un sot, quand je crus bonnement, avant la guerre des Turcs, que l'impératrice de Russie s'entendait avec le roi de Pologne pour faire rendre justice aux dissidents et pour établir seulement la liberté de conscience." (Best. 18227)
Le patriarche de Ferney, ainsi que les autres occidentaux, ne voyait dans la Pologne qu'un pays anarchique et gothique. En effet, c'est un état dont la législation est proche des lois féodales. Depuis la constitution, au XVI siècle, de son système politique qui accordait un vrai pouvoir à toute la noblesse et limitait le pouvoir royal, la Pologne, contrairement à ses voisins qui ont développé les systèmes absolutistes, n'a pas évolué. Chaque loi devait être adoptée à l'unanimité par la diète composée des députés élus par la noblesse de leur région. Si même un seul député n'était pas d'accord avec la loi proposée, il avait le droit (dit liberum veto) de la faire avorter. Dès 1573 le roi de Pologne était électif. Chaque noble avait le droit de voter pour son candidat. Les prérogatives royales étaient spécifiées dans un recueil de lois appelé Pacta conventa qui maintenaient les privilèges que la noblesse avait acquis au cours des siècles, notamment la constitution de 1505 introduisant le principe qu'aucune nouvelle loi ne pouvait être adoptée dans le pays sans le consentement de la noblesse représentée par la diète.
Ce système, nommé démocratie des nobles, qui au XVIe et dans la première moitié du XVIIe s. fonctionnait sans reproche à la gloire du pays, commence à dégénérer vers la fin du XVII s. et devient anachronique face aux monarchies absolutistes modernes. Le dernier exploit militaire de Jan Sobieski - la bataille de Vienne (1683) - marque le déclin de la puissance polono-lithuanienne.
Les deux rois de la dynastie saxonne, régnant dans la première moitié du XVIII s., entraînent le pays dans les guerres qui se déroulent sur son territoire sans que la Pologne y participe officiellement. La plupart du temps ils résident à Dresde et ne s'intéressent que peu aux affaires polonaises. Les députés pour les diètes abusent du droit nommé liberum veto, de manière que la majorité des diètes finissent par n'établir aucune loi. Le trésor de l'état est presque vide et la machine politique fonctionne à peine.
Dans ces conditions-là, en 1764, est élu, avec l'appui de l'armée de l'impératrice Catherine II, Stanislas Auguste Poniatowski. Issu d'une famille aristocratique assez récente, connu comme amant de Catherine, le nouveau roi est hésitant, plutôt faible et mène une politique pro russe. Cependant il est amateur des arts. Il fait réaménager le château royal de Varsovie dans le goût classique; dans sa résidence d'été à Lazienki, il ramasse une collection importante de peinture; il rassemble, pendant les fameux jeudis, les plus célèbres poètes, les artistes, les historiens, comme Ignacy Krasicki, Tomasz Kajetan Wegierski, Adam Naruszewicz.
Aidé par quelques personnalités illustres, Stanislas Auguste tente d'introduire certaines réformes politiques et administratives. Son grand succès c'est la Constitution du trois mai 1791, restée célèbre comme la première constitution en Europe. Ses efforts réformateurs se heurtent d'un côté à l'opposition du parti conservateur, d'autre côté aux actions diplomatiques et militaires des cours voisines - la Russie, la Prusse et l'Autriche - qui, enfin, parviennent à partager le pays à trois reprises: 1772, 1793 et 1795, jusqu'à la faire disparaître de la carte de l'Europe. Le roi abdique et la Pologne cesse d'exister pour ne renaître que 123 ans plus tard.
De point de vue de la culture, la Pologne sous le règne de Stanislas Auguste se trouve sous l'influence des lumières et essaye de rattraper le retard envers les cultures et littératures occidentales. On y lit et traduit aussi bien les classiques français que les écrivains et philosophes du XVIII s. Pour mieux expliquer le phénomène de la réception de la littérature occidentale en Pologne au XVIII s., Jan Kott, un célèbre chercheur polonais, adopte une métaphore de deux horloges: occidentale et polonaise qui au XVIII s. commencent à montrer la même heure. Les institutions culturelles polonaises se multiplient: le théâtre national, les bibliothèques publiques, les journaux, les cafés. Il persiste, introduite au XVII s., la culture francophone. L'aristocratie polonaise parle couramment français, maintient les liens (souvent de sang) avec l'aristocratie européenne, voyage; ce qui contribue aux mélanges des cultures et à la création d'une seule culture aristocratique.
Ainsi la littérature occidentale, et surtout française, a pu s'implanter en Pologne de deux manières: soit dans sa langue d'origine, lue par les élites aristocratiques; soit par le biais de traductions, d'adaptations, de commentaires dans la langue polonaise. Parmi les auteurs étrangers le plus connus aux bords de la Vistule Voltaire occupe une place importante. Assez tôt, les Polonais ont entendu son nom et sa renommée européenne a déclenché une véritable mode pour les écrits voltairiens. Certaines de ses pièces de théâtre ont été traduites et représentées plusieurs fois au XVIII et au début du XIX s. Le public polonais a beaucoup apprécié son talent poétique, mais sa prose n'est pas restée méconnue: des contes, ainsi que certaines œuvres historiques, ont été également traduits. Sa philosophie n'est pas restée sans influence sur la pensée politique polonaise de l'époque et a déclenché plusieurs voix critiques ou admiratives. En Pologne, aussi bien qu'en France, le XVIII s. est resté le siècle de Voltaire.



CHAPITRE I
Les rois : Stanislas Leszczynski et Stanislas-Auguste Poniatowski et leurs contacts avec Voltaire.

Stanislas Leszczynski (1677-1766) a été deux fois roi de Pologne. La première fois, il accède au trône en 1704, grâce au roi de Suède - Charles XII qui détrône le roi régnant Auguste II de Saxe, rétabli après la bataille de Poltava en 1709. Forcé à quitter la Pologne, Leszczynski trouve un refuge chez son protecteur suédois et obtient la principauté allemande de Deux-Ponts (1716) qu'il doit quitter en 1718 à la mort de Charles XII. En 1733, à la mort d'Auguste II, il se fait de nouveau élire roi de Pologne, soutenu par le roi de France, Louis XV, qui en 1725 avait épousé sa fille, Marie. A l'élection de 1733, la Russie et l'Autriche soutiennent la candidature du fils du feu roi, Auguste III. Mécontentes du résultat de l'élection elles font éclater le guerre de la Succession de Pologne qui finit en 1738 par le traité de Vienne où Auguste III est reconnu roi de Pologne. Stanislas Leszczynski doit abdiquer et en échange de sa renonciation au trône, il reçoit les duchés de Lorraine et de Bar, à charge de les laisser à la France à sa mort.
Le roi Stanislas est connu pour son intérêt pour les arts et la littérature. Il tient une cour brillante à Lunéville et à Nancy qui réunit de nombreux hommes de lettres polonais, comme Joseph Zaluski, grand aumônier du roi, qui traduira en 1754 la Rome sauvée ou Catilina de Voltaire. Ayant une vocation philosophique, l'auteur d'un ouvrage intitulé Glos wolny, wolnosc ubezpieczajacy [Voix libre assurant la liberté] consacré aux principes et réformes des diètes polonaises, le roi est favorable aux idées des lumières. Il entre en correspondance avec Voltaire qui l'appelle "Stanislas le Bienfaisant". Voltaire est enthousiaste envers ce roi exilé. Il donne son portrait plein d'admiration dans l'Histoire de Charles XII. Invité par Stanislas, il séjourne à Lunéville en 1748 - 1749.
Bientôt leurs relations changeront. Après les querelles avec les pasteurs de Génève, Voltaire veut s'établir en Lorraine, mais Stanislas et son entourage ne sont pas d'accord. A cette époque le roi Stanislas se trouve sous l'influence d'un jésuite, le frère Menoux. Celui-ci, en 1760, écrit et fait envoyer à Voltaire L'incrédulité combattue par le simple bon sens - une brochure contre les athées qui vexe Voltaire au point de faire effacer le bon souvenir du roi, dont il fait part dans la lettre à Charles-Augustin Ferriol (28 VIII 1760, Best. 9172).
Malgré cet incident, la cour de Lunéville est restée le lieu privilégié d'échanges intellectuels et littéraires entre les hommes de lettres français et polonais. Leszczynski favorise l'enseignement de la langue française dans les écoles de Lorraine, invite des auteurs français à sa cour. Les idées circulent et apparaissent peu à peu en Pologne pour préparer l'épanouissement des lumières polonaises sous le règne de Stanislas Auguste Poniatowski.
Le roi Stanislas Auguste était un grand admirateur de Voltaire. Déjà son père, Stanislas Poniatowski le connaissait personnellement. Il correspondait avec Voltaire, mais leurs lettres ne se sont pas conservées. Poniatowski a le mérite de corriger certaines erreurs de l'historien concernant la présentation de la Pologne, et surtout de sa propre personne dans l'Histoire de Charles XII. Il publie à La Haye en 1741 une œuvre intitulée Les remarques d'un seigneur polonais sur l'Histoire de Charles XII par Monsieur de Voltaire. C'est pourquoi, dans cette famille, Voltaire était traité un peu comme ami de la maison. A l'âge de dix-huit ans - comme en témoignent ses Mémoires - le futur roi Stanislas-Auguste voit le phénomène de la voltairomanie pendant son séjour à Paris. Il se souvient également de sa lecture passionnée de La Pucelle d'Orléans faite avec la future tsarine Catherine II. Il en était ravi. C'est lui qui fournissait à son amante les premières éditions et les copies des textes inédits de Voltaire. Il voulait se rendre à Ferney, mais il a dû renoncer à sa visite à cause de l'interrègne et l'élection qui l'a fait roi de Pologne. Il a invité Voltaire à son intronisation, mais celui-ci se sentait trop malade pour entreprendre le voyage. Le nouveau roi a fait dresser dans un endroit spécialement choisi de son palais d'été, Lazienki, une statue de Voltaire pourvue d'une inscription qu'il avait lui-même composée: "Depuis que j'ai écrit / on lit, on rit / et l'on tolère davantage." Et, pour effigies de sa bibliothèque, il a choisi Montesquieu, Voltaire et Rousseau.
Voltaire s'est beaucoup intéressé au sort de Stanislas Auguste. Dans les années 1767-1772 il correspondait avec le roi de Pologne. Il lui a octroyé le brevet de philosophe couronné après que Poniatowski avait donné, à la demande de Voltaire, 200 ducats pour secourir la famille de Sirven (Best. 12512). Le patriarche de Ferney souhaitait que ce roi devienne pour la Pologne un Pierre le Grand ou un Louis XIV. Dans sa lettre de décembre 1767 adressée à Stanislas Auguste, il dit que "la Pologne serait beaucoup plus riche, plus peuplée, plus heureuse, si les serfs étaient affranchis, s'ils avaient la liberté du corps et de l'âme, si les restes du gouvernement ghotico-slavonico-romano-sarmatique étaient abolis un jour par un prince qui ne prendrait pas le titre de fils aîné de l'église, mais celui de fils aîné de la raison (…) si le roi était absolument maître." (Best. 13660) Dans cet esprit Voltaire fait interpréter Les Lois de Minos, pièce à clé, le drame d'un citoyen élu au trône de la république grâce aux lois de cette république, mais qui, comme roi, s'oppose aux lois mauvaises, voire criminelles. Le roi Teucer, héros de la tragédie, serait le roi Stanislas Auguste, le pontife Pharès - l'évêque de Cracovie, Kajetan Soltyk, et l'archonte Mérione serait un Polonais, car tous ses dialogues avec Teucer concernent des problèmes particuliers au gouvernement de la Pologne. La lutte de Teucer se termine par un heureux coup d'état monarchique qui devait être celui de Stanislas Auguste. Effectivement, comme le remarque Emmanuel Rostworowski "vingt ans après Les Lois de Minos, le 3 mai 1791, Stanislas Auguste avait vécu sa journée de Teucer, sans pourtant enchaîner les Mériones, mais épaulé par une brillante équipe de républicains éclairés." Il s'agît de la Constitution du 3 mai, la première constitution en Europe.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les traductions des oeuvres de Voltaire trouvent l'approbation de Stanislas Auguste. Il encourage les traducteurs et les poètes à imiter les vers du grand Français. Il opte pour la tolérance et la liberté et, dans l'esprit de Voltaire, à l'aide des hommes de lettres talentueux et éclairés, mène une campagne contre les préjugés du sarmatisme et l'obscurantisme d'une grande partie de la noblesse polonaise.



CHAPITRE II
La réception de l'oeuvre dramatique.


La première mention sur Voltaire en Pologne date de 1733. Elle est contenue dans un ouvrage de Stanislaw Konarski - piariste, un des illustres reformateurs des écoles tenues par cet ordre - intitulé Rozmowa pewnego ziemianina ze swoim sasiadem o terazniejszych okolicznosciach [La discussion d'un noble avec son voisin sur les circonstances actuelles]. Le noble du titre recommande à son voisin l'Histoire de Charles XII traduit en latin. Cette œuvre a été choisie parce qu'elle donne une description de la Pologne et de son gouvernement dans le deuxième livre (elle a été par ailleurs utilisée comme un manuel d'histoire dans les collèges piaristes), ainsi que le portrait du roi Stanislas Leszczynski. Elle mentionne aussi le père du futur roi Stanislas Auguste - Stanislas Poniatowski.
Les premières traductions des textes de Voltaire sont liées à l'activité théâtrale des collèges piaristes. Dans ces écoles réformées, les pièces de Voltaire étaient traitées comme modèles des pièces classiques. Dès 1747 jusqu'en 1765, au Collegium Nobilium des piaristes à Varsovie sont jouées: Zaïre (1747), Alzire (1750, 1754), Mérope (1755), la Mort de César (1756), Brutus, dans la traduction des pères pies: Konarski, Orlowski, Baxter, Jordan, Nowaczynski, Stadnicki, traducteurs faibles, mais assez fidèles. A travers les écoles piaristes, dont le nombre en Pologne est estimé à une quarantaine dont la moitié donnaient deux fois par an des représentations, l'œuvre de Voltaire pénètre dans les villes assez éloignées de la capitale, comme Lomza, Miedzyrzec, Drohiczyn. Les piaristes appréciaient tellement le théâtre voltairien qu'il y avait un projet de traduire, jusqu'en 1755, presque toutes les tragédies voltairiennes. Ils ont même envoyé plusieurs fois en France les pères Augustyn Orlowski et Tadeusz Nowaczynski pour accomplir ce projet.
En 1755, apparaît, au collège des jésuites à Varsovie, la Mort de César, dans la traduction de Wojciech Mokronowski. Elle y est jouée à deux reprises: le 30 juin et le 4 juillet. Kurier Polski [Le Courrier polonais] décrit cette représentation sans mentionner le nom de l'auteur, comme s'il s'agissait d'une œuvre originale. Dans le texte, édité la même année, il y a quelques écarts par rapport au texte d'origine. Brutus y est fils adoptif, et non naturel; dans la dernière scène du troisième acte le cadavre de César est remplacé par sa toge ensanglantée. La version de Mokronowski est plus courte: 831 vers par rapport à 1075 chez Voltaire. L'alexandrin, ce qui est typique, est rendu par un vers de treize syllabes. Il y a aussi des différences de sens. Chez Voltaire Cassius dit: "C'en est fait, mes amis, il n'est plus de patrie, / Plus d'honneur, plus de lois, Rome est anéantie." Mokronowski traduit: "C'en est fait, mon Brutus, il n'y a plus de patrie, / Trop d'honneurs, trop de lois ont anéanti Rome!" La traduction de Mokronowski s'inscrit dans la discussion politique sur l'état de la Pologne au XVIIIe siècle. Le jésuite se montre hostile aux tentatives de modernisation de l'état entreprises à l'époque. Ainsi le républicanisme qui est révolutionnaire chez Voltaire devient conservateur chez Mokronowski qui voyait dans la Mort de César une apologie de la liberté.
A cette époque les pièces de Voltaire sont également jouées dans les théâtres de société de l'aristocratie. En 1748 - cinq ans après la première représentation de la Comédie Française - la Mort de César est représentée en français chez l'évêque de Cracovie, Zaluski; en 1757, à trois reprises, Zaïre est jouée chez les Radziwill de Nieswiez, dans la traduction de Antoni Sapieha, vice-chancelier du Grand Duché de Lituanie, éditée en 1753.
La période avant l'avènement de Stanislas Auguste Poniatowski n'est pas très riche en traductions de Voltaire. Il est cependant sûr que certaines de ses œuvres étaient connues en langue française. Cette période est marquée par la réception de l'œuvre dramatique qui ouvrait les voies vers la maîtrise des formes classiques qui, par le biais des écoles réformées, prendront leur essor à l'époque des lumières polonaises sous le règne de Stanislas-Auguste.
Un an après l'avènement de ce roi, en 1765, est créée à Varsovie la scène nationale. La saison de 1792-93 y voit jouer la première pièce de Voltaire: Mérope dans la traduction du père Orlowski faite pour le Collegium Nobilium en 1755. En 1799 le Théâtre National donne Les Scythes dont la traduction faite probablement par Jan Drozdowski est perdue. Wojciech Boguslawski, premier directeur du théâtre, avait essayé de donner, en 1793, Le Triumvirat, puis Brutus traduit par un piariste, le père Skrzetuski. Mais ces tragédies n'avaient pas eu un grand succès. C'était déjà l'époque de la Confédération de Targowica, le mouvement conservateur et pro russe qui s'opposait à la Constitution du 3 mai 1791 et qui a abouti au deuxième partage de la Pologne en 1793. Targowica accusait la capitale de sympathies jacobines. Elle voyait dans Le Triumvirat des allusions à la situation polonaise et ne voulait point voir du Voltaire sur la scène nationale.
Hors le Théâtre National Voltaire était toujours joué chez des aristocrates. Ainsi, en 1783, Alzire est représentée à Slonim chez le grand général de Lithuanie, Michal Oginski, dans la traduction en prose du porte-enseigne de Lithuanie, Ignacy Lachnicki. Trois ans plus tard on y voit Marianne, la pièce que Voltaire avait dédiée à Maria Leszczynska, épouse de Louis XV.
Dans les années 1765 - 1792 Voltaire est joué à Varsovie par des troupes françaises. Elles y représentent Alzire, Zaïre, Mérope, Mahomet, Œdipe, Sémiramis, l'Orphelin de la Chine. Les pièces sont jouées par deux ensembles. Le premier, celui de José Rousselois donne, dans les années 1765 - 1767, sept tragédies. Dix ans plus tard, Varsovie voit Nanine, Mahomet et L'enfant prodigue dans l'interprétation de l'ensemble de Hamon. Mahomet joué par cette troupe en 1777 engendre une polémique dans le Journal Littéraire de Varsovie.
L'année 1781 voit l'édition polonaise de l'opéra Samson, et, en 1788, à Wilno, Jan Debouhr traduit et édite Mahomet. Il y joint la lettre de Voltaire au pape Benoît XIV (ainsi que sa réponse) dans laquelle il lui dédie le livre et demande la bénédiction. Debouhr, comme Voltaire, choisit pour protecteur l'évêque Massalski qui l'aurait incité au travail sur cette traduction.
Les tragédies de Voltaire occupent une place importante dans les catalogues des bibliothèques. Par exemple le catalogue du collège piariste de Varsovie (Catalogus librorum Bibliothecae Colegii Regii Varsoviensis Clericorum Regularium Scholarum Piarum) de 1796 contient, à coté de trois exemplaires de l'Histoire de Charles XII, traitée comme manuel d'histoire, et une réfutation de Voltaire Skutki dziel Woltera [Les effets des oeuvres de Voltaire], les Tragédies choisies de Voltaire en trois volumes, éditées à Vienne en 1754, une version polonaise de Mahomet le prophète, les Œuvres complètes de 1756, la traduction d'Alzire de Stadnicki et Mahomet traduit par Jan Debouhr de 1788.
Malgré l'apparition de quelques tragédies sur la scène nationale, le théâtre de l'époque de Stanislas Auguste reste plutôt favorable aux comédies. Ce sont elles qui servent le mieux au programme de la lutte contre l'obscurantisme entreprise par le roi. Cette époque voit des auteurs de comédies talentueux, mais il n'y a aucun bon auteur tragique. Cela est dû peut-être également au profil du public: le spectateur moyen, sans éducation, comprend mieux les comédies s'inspirant de la vie quotidienne que les tragédies qui, puisant dans l'antiquité, supposent la connaissance des thèmes mythologiques.
Parmi les comédies jouées à l'époque, il faut citer une adaptation très adroite de l'Enfant prodigue de Voltaire faite par le poète du premier rang, Stanislaw Trembecki. La première traduction polonaise de cette pièce a probablement été faite déjà avant 1754 par Valerianus Luszczewski, mais elle n'a jamais été éditée. L'Enfant prodigue de Trembecki a été représenté quinze fois depuis 1779 par Boguslawski au Théâtre National. En 1780 apparaît la première critique de la traduction dans Kalendarz Teatrowy [Calendrier théâtral] : " Syn marnotrawny Woltera ze szczególna takze tlumacza pochwala jest na wiersz polski przelozony. Stosowanie imion samych, zwyczajów, urzedów, wyrazów do gustu i tonu narodów, w komedii tej przedziwnie jest zachowane; wlasnie wzorem i modelem tlumaczenia byc moze." ["L'Enfant prodigue de Voltaire, avec une appréciation particulière du traducteur, est traduit en vers polonais. La conformité des noms, des coutumes, des offices au goût et ton des nations est merveilleusement conservée dans cette comédie ; elle peut être modèle de traduction. "]
Trembecki procède à la polonisation de la pièce de Voltaire. L'action ne se passe plus dans le milieu bourgeois français, mais dans celui de la noblesse polonaise. La ville de Cognac se transforme en Kalisz, Bordeaux en Gdansk, Angoulême en Lwów. Euphemon devient Dobrucki, Rondon - Bizarski, le président de Cognac, Fierenfat, se transforme en rejent [anc. pol. : notaire] Sieciech, la baronne de Croupillac en Podstolina Wendenska Zdawnialska, le laquais Jasmin prend le nom de Holotkiewicz, la servante Marthe - de Fidelska et Euphemon fils s'appelle Walery.
L'auteur polonais supprime ou transforme chaque trait de mœurs qui ne convient pas dans le contexte polonais. A la vue des paysans qui bêchent la terre Jasmin parle de canaille: "Enrôlons-nous parmi cette canaille, / Viens avec eux, imite-les, travaille, / Gagne ta vie!" Chez Trembecki, Holotkiewicz mesure davantage sa langue qui est à la fois moins rude et plus imagée, plus concrète: "Zaciagmy sie miedzy nie; to motyka rycie / Moze nam dac y zywnosc, y grzbietu okrycie." ["Nous nous enrôlerons parmi eux; ce travail à la bêche / Pourra nous donner nourriture et vêtir notre échine."] Trembecki a supprimé le passage où Rondon encourage Euphemon à oublier son fils déshérité : " Réparons-la ; donnons-nous aujourd'hui / Des petits-fils qui vaillent mieux que lui ; / Signons, dansons, allons ! " Il a dû considérer que les conseils de Rondon sont trop folâtres, donc déplacés dans ce contexte. Aussi les propos de Lise ont été adaptés à la condition de femme polonaise qui devait être soumise à son mari. Lise dit que la femme dans un mariage malheureux est amenée à : " Tromper son maître, ou vivre sans espoir " , alors que Elzusia dit que la femme doit: "Obawiac sie tyrana, lekac sie rywalki. " [" Avoir peur du tyran, craindre la rivale. "]
Le traducteur introduit les descriptions des coutumes caractéristiques dans la société polonaise. Dans la quatrième scène du premier acte rejent Sieciech déploie devant sa fiancée une vision de leur mariage où assisteraient tous les fonctionnaires du tribunal. Il énumère les noms des offices du XVIIIe siècle, il imite même la voix d'un huissier. On voit que Trembecki a voulu ancrer son personnage dans le milieu établi par son rang. Fierenfat de Voltaire se présente, au même lieu, comme un personnage vulgaire et avare : " Je l'avouerai, cette donation / Doit augmenter la satisfaction / Que vous avez d'un si beau mariage. / Surcroît de bien est l'âme d'un ménage. " Trembecki crée une image concrète, familière au public polonais, pendant que la langue de Voltaire est abstraite.
Les personnages de Trembecki soulignent le fait d'être Polonais et patriotes. Dans le troisième acte Holotkiewicz demande à Walery : " Za cos ty sie zwal grafem, choc jestes Polakiem " ["Pourquoi t'es-tu nommé Graf bien que tu sois polonais. "] Il y a là une sorte de désir qu'avaient les Polonais de se distinguer par rapport aux autres, surtout aux Allemands. Les personnages de Voltaire, bien évidemment, ne se rappellent pas qu'ils sont Français.
Trembecki, considérant la comédie comme le genre bas, n'emploie pas la langue soutenue, évite la rhétorique, les métaphores mythologiques, et fait des emprunts à la langue courante de la campagne polonaise. Le fragment chez Voltaire : " Voilà-t-il pas de vos jérémiades, / De vos regrets, de vos complaintes fades ? / Voulez-vous pas que ce maître étourdi, / Ce bel aîné dans le vice enhardi, / Venant gâter les douceurs que j'apprête, / Dans cet hymen paraisse en trouble-fête ? " se transforme en : " Panie bolesny swiekrze, do czegoz to sluzy? / Chcialbyc, zeby znurzany w sprosnosci kaluzy / Walery znowu przybyl, brewerii narobil ?" ["Monsieur beau-père douloureux, à quoi ça sert? / Tu voudrais que, plongé dans l'impudicité, / Walery revienne, fasse une bourde ? "] Trembecki change des généralités en concret. Quand Rondon dit : "J'aime mieux l'air fou que l'air capable " , Bizarski concrétise : " Ja o takim mlodziku wieksze mam nadzieje, / który, wyszedlszy ze szkól, troche poszaleje. " [" J'ai plus de confiance en un jeune qui, après avoir fini les écoles, s'amuse un peu. "]
L'adaptation de Trembecki peut passer pour une œuvre originale dont Voltaire n'est que le point de départ, d'autant plus que, dans une de ses lettres concernant la traduction de l'Enfant prodigue, Trembecki se distancie de Voltaire: "Wolterowi wszystko wolno. Co on zrobiwszy, da pod swojem mieniem, pewien jest, ze przed przeczytaniem jeszcze tysiace ludzi bedzie to aprobowac. Komedia jego l'Enfant prodigue wykracza przeciw wielu regulom teatralnym, ale on jest wyzszy nad prawo. Osoby wchodzace tak przeciwne maja charaktery, ze jedne do smiechu, drugie do placzu w przemiany pobudzac zdaja sie. I jeden drugi interes zbija, jeden drugiemu przeszkadza. Dla tych i innych przyczyn nigdy bym sobie tej komedyi do przestosowania nie wybral, ale na usilne naleganie X-cia Generala Podolskiego musialem to uczynic." ["A Voltaire, tout est permis. Ce qu'il donne sous son nom, après l'avoir fait, il est sûr que, avant même de le lire, des milliers de gens l'applaudiront. Sa comédie, l'Enfant prodigue, enfreint beaucoup de règles théâtrales, mais il est plus haut que la loi. Les personnages ont des caractères si opposés que les uns semblent éveiller le rire, les autres - les pleurs. Et l'un tue l'intérêt pour l'autre, l'un dérange l'autre. Pour ces raisons, et d'autres encore, je n'aurais jamais choisi cette comédie pour la traduire, mais, suite aux insistances du Prince Général de Podolie [Adam Czartoryski], je dus le faire. "]
Parmi les autres comédies de Voltaire Nanine a suscité l'intérêt des Polonais. Une comédie de l'abbé Michniewski Teressa albo tryumf cnoty [Teressa ou le triomphe de la vertu] éditée en 1775 passe pour l'adaptation de cette pièce. L'autre comédie qui a eu du succès c'est L'Ecossaise qui a été adaptée sous le titre Nadgroda Cnoty [La vertu récompensée] et dont un exemplaire se trouve dans la Bibliothèque nationale de France. Il n'a pas de date, et est imprimé à Varsovie dans l'Imprimerie de Sa Majesté et de la République dans le Collège de la Société de Jésus, ce qui permet d'émettre une hypothèse qu'il a été imprimé avant la suppression des jésuites, donc avant 1773. L'Ecossaise est une pièce écrite contre le journalise Fréron. Nadgroda cnoty est une adaptation assez libre. La pièce a été raccourci de cinq actes jusqu'à trois. L'auteur polonais a omis la plupart des scènes et dialogues qui se passent dans le café et où le personnage principal est le journaliste Wasp (remplacé par Wsciubski). Ainsi ce personnage a perdu de l'importance, il n'y a plus d'allusions polémiques et le caractère de la pièce comme l'image de la condition de journaliste change. L'histoire de la vertueuse Lindane, de son malheureux père et son généreux amant devient une intrigue principale. La pièce est entièrement polonisée. L'action se passe à la maison de Gadalski à Varsovie qui tient un Kaffenhaus. Tous les noms sont changés et la réalité adaptée, comme c'était dans le cas de l'Enfant prodigue, au contexte polonais.
La période du règne de Stanislas Auguste est riche en traductions des pièces de Voltaire, mais, excepté l'Enfant prodigue, ce ne sont pas des traductions brillantes. Les traducteurs ont plutôt prédilection pour ses pièces antiques : plus faciles à adapter et plus compréhensibles pour le public polonais. Cette époque est marquée par la production comique, plus appréciée par les spectateurs et plus adaptée à transmettre de nouvelles idées sociales si chères au parti des réformateurs rassemblé autour du roi. Les textes de Voltaire, passant du français au polonais, subissent d'importants changements qui consistent surtout en polonisation du monde représenté. Ainsi ces textes deviennent plus familiers au public polonais.
Dès le début du XIXe siècle jusqu'en 1827 où, avec Zaïre, Voltaire a fait ses adieux au Théâtre National, les traductions des tragédies voltairiennes (pas toujours brillantes) prolifèrent. Cependant le nombre de traductions et de représentations ne va pas toujours de pair avec l'intérêt du public. Jusqu'en 1814, l'époque où Wojciech Boguslawski était le directeur du théâtre, il y a dix tragédies de Voltaire qui y sont représentées. Pour cinq d'entre elles : Brutus, Œdipe, Oreste, Sémiramis et La Mort de César, la première représentation reste unique. On peut donc parler de l'échec de Voltaire sur la scène polonaise. Les causes de cet échec peuvent être éclairées par un article de Konstantyn Wolski, l'auteur de la traduction de Zaïre représentée en 1803. Il se défend ainsi en répondant à la critique de sa pièce faite par Gazeta Warszawska [Gazette de Varsovie] : " Les acteurs jouaient mal. Ils ne connaissaient pas leur rôles. Mais pouvaient-ils supposer que la tragédie susciterait quelque intérêt ? " On peut en déduire que le public polonais n'appréciait pas beaucoup les tragédies. Les seules deux tragédies qui ont eu du succès à l'époque sont Alzire dans l'excellente traduction de Ludwik Osinski, et l'Orphelin de la Chine dans la traduction de Jerzy Radowicki où les Polonais voyaient, dans les antagonismes entre les Tartares et les Chinois, les luttes entre les Russes, les Prussiens et les Polonais, et dans la prise de Pékin - la prise de Praga par Souvorov en 1795.
Dans les années 1815 - 1827, sous la direction de Ludwik Osinski, la situation de la tragédie voltairienne au Théâtre National s'est améliorée. A cette époque, il y a 43 représentations de Voltaire bien que seulement sept tragédies soient jouées : Œdipe, Oreste, Les Scythes et Sémiramis ne sont plus représentés, mais il apparaît Tancrède. En 1824 la troupe de Varsovie joue Alzire et Mahomet à Plock, Poznan et Kalisz. Ces représentations ne sont pas appréciées, comme en témoigne une lettre adressée à Kurier Warszawski [Le Courrier de Varsovie] demandant moins de tragédies pour l'année suivante. Les tragédies voltairiennes sont aussi jouées à Lwów (Alzire en 1817/18 et Mahomet en 1828) et à Vilnius : Œdipe (1801 et 1824), Zaïre (1818) et La Mort de César (1821). A Cracovie, dans les années 1808 - 1826, on joue L'Orphelin de la Chine, Catilina, Brutus, Tancrède, Mahomet et Alzire.
Contrairement aux simples spectateurs, les critiques et les auteurs ont beaucoup apprécié les tragédies de Voltaire en les considérant comme le modèle des pièces classiques parfaitement organisées. Kurier Litewski [Le Courrier lithuanien] de 1821 cite parmi les tragédies parfaites Phèdre, Alzire, Zaïre et la Mort de César. Elles sont parfaites car : " …quoique des crimes y soient commis, le sang innocent arrose la scène, une larme de pitié arrachée par la vue de la vertu souffrante s'y mêle pourtant à l'émoi causé par le concours fatale des circonstances qui disculpe partiellement le meurtrier et explique son action par une folie passagère et par la force des passions. " On voit que l`auteur de l`article applique comme critère de la perfection d`une tragédie les règles de la poétique d`Aristote : une bonne tragédie doit éveiller la terreur et la pitié.
Au début du XIXe siècle Voltaire cesse d`être un écrivain controversé. Il existe dans la conscience polonaise comme l`auteur des pièces classiques construites selon les règles d`Aristote qui ont beaucoup de succès auprès des poètes de Varsovie et de Vilnius dévoués à la doctrine classique à l`aube du romantisme qui va bientôt apparaître sur la scène de la littérature polonaise. Pour les nouveaux poètes, dès les années 1820 Voltaire ne sera qu`un vieux classique démodé.



CHAPITRE III
Les contes et quelques autres écrits philosophiques.


Le problème des traductions ou adaptations, puisque, pour les textes anciens, il est vraiment difficile de distinguer l'une de l'autre, est très complexe. Transformer les œuvres, les parties des œuvres, réutiliser les motifs déjà connus était une pratique courante relevant de la théorie littéraire de l'époque, à savoir la conception de l'imitation développée par Aristote et Horace. Dans ces conditions il est difficile d'établir une frontière entre l'original et une copie, car chaque copie se voulait une œuvre à part. La traduction n'avait donc pas pour but d'être fidèle à la lettre à l'original, mais plutôt de créer une autre œuvre ayant pour base, pour point de référence l'œuvre traduite. Autrement dit, il ne s'agissait pas, comme dans les théories de traduction d'aujourd'hui, de rendre compréhensible une culture étrangère à un lecteur de son pays, mais de mettre cette culture étrangère dans les cadres de la culture du lecteur. C'est une pratique générale qui apparaît aussi bien en Pologne qu'en France. En 1769, Letourneur publie à Paris sa traduction des Nuits de Young et dit dans le discours préliminaire : " Mon intention a été de tirer de l'Young Anglois, un Young François qui pût plaire à ma nation, et qu'on pût lire avec intérêt, sans songer s'il est original ou copie. "
Les traductions polonaises des contes voltairiens apparaissent assez tardivement : il y a, en moyenne, 25 ans de décalage entre les premières éditions françaises et les traductions. La première, celle de Memnon ou la sagesse humaine, qui connaîtra quatre éditions, date de 1770. Elles ne portent ni le nom de l'auteur ni celui du traducteur pour éviter la censure de l'église. Certains contes ont plusieurs éditions. Zadig ou la destinée jouissait d'un grand succès : dans les années 1773-1790, il voit quatre éditions. La première, celle de 1773, est de Józef Szymanowski, la seconde date de 1776 et est fondée sur celle de Szymanowski, mais s'en éloigne de façon tendancieuse, comme si le traducteur visait un public différent. Elle est lancée par la Typographie Royale de Grodno et réimprimée en 1786 et 1789. Le public polonais connaît également La Princesse de Babylone (1779), Candide (1780), Memnon et l'Histoire d'un bon bramin (les deux en 1781), Babouc ou le monde comme il va (1785), Le blanc et le noir (1790) et L'Ingénu. Histoire véritable, tirée des manuscrits du P. Quesnel (1796). Il est intéressant de remarquer que, vers 1786, Alojzy Felinski transforme en vers le conte en prose - Jeannot et Colin, traduit aussi en prose en 1785. Il existe parfois des versions différentes - du point de vue idéologique - des mêmes textes. Il est important de souligner encore le phénomène de la lecture des contes en original qui est visible, par exemple, dans la correspondance de Ignacy Krasicki.
Dans les traductions, les textes d'origine subissent de diverses transformations qui visent à les rendre plus familiers au public polonais. Jadwiga Warchol, l'auteur d'une thèse sur la réception des contes de Voltaire en Pologne, appelle ce type de traduction, d'après les distinctions établies par Jadwiga Zietarska, traduction didactique. C'est une traduction qui fait correspondre l'ouvrage traduit à l'état donné de la littérature et culture du pays et à la conscience littéraire du lecteur moyen en adaptant le texte traduit aux connaissances du public visé. Il faut remarquer qu'en général l'ironie voltairienne disparaît presque totalement dans les traductions polonaises en cédant place à une nuance moralisatrice.
La question, pourquoi certains contes ont été traduits plutôt que les autres, pourquoi certains jouissaient d'un plus grand succès, est difficile à trancher. Il paraît que le public polonais préfère les contes qui se rapprochent davantage des romans d'aventures qu'il connaît très bien, les contes dont l'histoire ne dépasse pas les règles de la fiction littéraire à laquelle il est habitué. Cela peut expliquer la renommée de Zadig dont l'histoire commence comme le plus banal des romans par l'évocation d'une plénitude de bonheur dans un état d'innocence pure. Ce début fait songer à ces innombrables productions romanesques utopiques qui avaient fleuri au XVIIe siècle. C'est, peut-être, la raison pour laquelle Micromégas n'a pas été traduit. L'autre raison pour laquelle ce conte n'a pas paru en polonais pourrait se trouver dans son contenu idéologique: il représente la position relativement peu importante de l'homme dans l'univers, ce qui s'oppose à la conception cosmologique de l'Eglise qui voit l'homme au-dessus de tous les êtres. A propos de Micromégas on peut se demander également à quel point le public polonais connaissait les théories de Newton qui constituaient l'importante source de réflexion pour Voltaire à l'époque où il rédigeait ce conte. C'était le temps de la liaison avec Mme du Châtelet, passionnée pour les sciences exactes. Il y a lieu de croire que ce n'était qu'un groupe extrêmement restreint de Polonais qui pouvaient connaître son nom et comprendre ses idées. L'Homme aux quarante écus n'a pas eu non plus sa version polonaise, malgré le fait que les Polonais pouvaient y trouver, entre autres, quelques remarques sur le système des physiocrates qui intéressait beaucoup la noblesse polonaise de l'époque. Le choix était également porté sur les contes ayant certaines affinités bibliques, comme le personnage de Babouc qui apparaît dans le Livre d'Esdras. Aussi le fait que l'histoire de Zadig se passe à Babylone pouvait favoriser le succès de ce conte en Pologne.
La production éditoriale au XVIIIe siècle demeure sous une grande influence de l'église catholique. Quoique l'Inquisition n'existe pas en Pologne, il y a une censure ecclésiastique. C'est pour l'éviter qu'à l'époque de Stanislas Auguste on ne met à la page de titre des contes traduits ni le nom de l'auteur ni celui du traducteur. C'est pour cette raison et pour ne pas blesser les sentiments pieux des lecteurs qui, dans la plupart étaient dévoués à l'église et loin de plaisanter là-dessus, qu'apparaissent certains changements par rapport au texte d'origine. Il suffit de comparer un fragment de Zadig. Voltaire écrit : " Cet homme aurait fait empaler Zadig pour la plus grande gloire du soleil, et en aurait récité le bréviaire de Zoroastre d'un ton plus satisfait. " Dans la version polonaise, nous lisons : " Ten czlowiek kazalby byl zaraz na pal wbic Zadyga na wieksza czesc i chwale slonca i jak po najlepszym uczynku czytalby sobie prawa Zoroastra z pelnym ukontentowania tonem." Dans la traduction polonaise le mot " bréviaire " a été remplacé par " lois ", ce qui efface l'allusion religieuse du texte voltairien à cause de laquelle on peut voir dans ce fragment une référence aux habitudes de l'Inquisition. Il faut cependant remarquer que déjà dans la version de Zadig de 1803 il y a le mot " brewiarz " [" bréviaire "]. Il serait donc souhaitable de comparer toutes les versions accessibles du même conte pour pouvoir tirer des conclusions pertinentes et pour voir l'évolution de certains concepts dans le temps, puisque déjà en 1803 les accents anticléricaux ne suscitaient pas tant de controverses qu'en 1786.
Dans les traductions polonaises, les contes voltairiens perdent leur spécificité, et l'aspect novateur du genre. Les traducteurs semblent ne pas s'apercevoir que Voltaire ironise et prend des distances par rapport aux genres prosateurs existant. Le titre de la traduction de Zadig en témoigne. Sa première édition en 1773 est intitulée, comme chez Voltaire, Zadyg albo przeznaczenie. Historia wschodnia, mais les rééditions portent le titre Historia wschodnia o Zadygu [L'Histoire orientale sur Zadig], ce qui fait référence aux histoires auxquelles les lecteurs moyens étaient habitués, comme Historia o Magiellonie, très lue et plusieurs fois rééditée. L'autre exemple d'une telle lecture - qu'on pourrait appeler " naïve " - se trouve dans l'ouverture de Candide. Voltaire commence cette œuvre comme un conte merveilleux : " Il y avait en Westphalie… " et tout de suite après apparaît le " je " (" je crois " ) ce qui laisse voir les distances que le narrateur prend dès le début à l'égard du personnage principal. Dans la traduction polonaise il n'y a pas la même formule du début. Le conte commence simplement : " W Westfalii… " et maintient la troisième personne. Le traducteur ne remarque donc pas la formule parodique du début ni l'ironie de l'œuvre. Il s'avère insensible au jeu des procédés romanesques chez Voltaire.
Les versions polonaises perdent également la visée philosophique en se transformant en contes d'aventures. C'est le cas de Candide dans la traduction de Jacek Przybylski. La solution que le traducteur a choisi pour la fin du conte est la plus frappante. Le fragment chez Voltaire: " Je sais aussi, dit Candide, qu'il faut cultiver notre jardin. - Vous avez raison, dit Pangloss; car quand l'homme fut mis dans le jardin d'Eden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu'il travaillât" se transforme en : " Tak jest, wiem i to, ze trzeba pójsc kopac w ogrodzie; przerwal mu Kandyd. Dobrze mówisz, rzekl Pangloss; bo kiedy czlowieka osadzono w raju, osadzono go dlatego, ut operaretur eum, aby w nim pracowal". Le mot "cultiver" a été traduit par " bêcher ". Ainsi disparaît le double sens de " cultiver ". Alors que la fin de Candide français reste ouverte, la traduction tranche et impose une interprétation. Cependant le traducteur ne reprend pas le mot " jardin " en traduisant " le jardin d'Eden " par " paradis ", comme s'il n'était pas tout à fait conséquent et ne voulait pas suivre la ligne d'interprétation établie par " bêcher le jardin ". Jadwiga Warchol voit dans cette formule finale un conseil adressé aux petits propriétaires fonciers de se soustraire à la dépendance des grands en labourant leur propre champ, ce qui rapproche le Candide polonais du roman de l'évêque de Varmie, Ignacy Krasicki, Les Aventures de Nicolas Doswiadczynski (1776), que Przybylski connaissait certainement.
La traduction des œuvres de Voltaire exigeait les bases philosophiques que les traducteurs polonais ne possédaient souvent pas. Ainsi, la traduction des Lettres philosophiques de 1793 ne contient pas la lettre 25 - polémique avec Pascal. Celui-ci devait ne pas être bien connu en Pologne, car Przybylski ne reconnaît pas l'allusion à l'œuvre pascalienne dans le conte l'Histoire d'un bon bramin : " (…) je me trouve dans un point entre deux éternités, comme disent nos sages, et je n'ai nulle idée de l'éternité. " Il traduit : " (…) znayduie sie w porze przedzielaiacey dwie wiecznosci, iak mniemaia nasi Xieza, a zadnego nie mam o wiecznosci wyobrazenia." Il identifie le "sage" au "mage" qui signifiait "prêtre " dans le contexte oriental. Il réduit ainsi le principe géométrique de la cosmologie pascalienne, à savoir la découverte de l'infini, à l'axiome théologique du transcendent.
Souvent, différents procédés donnent aux versions polonaises le sens moralisateur. C'est le cas du Monde comme il va et de Memnon qui ont été intégrés dans un recueil intitulé Contes moraux. Le même Memnon dans la traduction de 1770 a le titre Bajeczka moralna [Conte moral]. Cette catégorisation suggère au lecteur une manière de lire et comprendre le texte qui consiste à en dégager la morale.
En 1779, à l'Imprimerie Nationale de Sa Majesté, apparaît Religia. Poema pana Rassyna, z francuskiego tlumaczona przez Xiedza Staszica kanclerza kolegiaty szamotulskiej z dodaniem przypisków, do których przylaczona poema pana Voltaira o zapadnieniu Lisbony [Religion. Le poème de M Racine, traduit du français par l'abbé Staszic, chancelier de la collégiale de Szamotuly, avec les notes auxquelles est joint le poème de M Voltaire sur le désastre de Lisbonne]. Stanislaw Staszic donne dans ce livre la traduction de deux poèmes concernant le tremblement de terre à Lisbonne. La Religion est un éloge de la foi chrétienne composée par Louis Racine dont le fils est mort à Lisbonne. Le Poème sur le désastre de Lisbonne, qui constitue une polémique contre l'idée de Leibnitz que le monde est bon par nature, obtient - grâce au contexte et certaines modifications, un nouveau sens qui l'approche du poème de Racine. Staszic précède la traduction du Poème sur le désastre de Lisbonne d'un commentaire explicatif : "Voltaire (…) ayant appris la nouvelle du malheureux désastre de Lisbonne, a reconnu l'existence de l'imperfection et du malheur sur terre, il a dit aussi que la nature humaine corrompue ne nous apprend rien; que l'homme misérable et faible a besoin de l'aide et des lumières de Dieu, de même que notre raison obscure et sujette à toutes les faiblesses et erreurs a besoin de la lumière surnaturelle et de la Révélation venant du Ciel." Staszic explique donc que, dans son poème, Voltaire reconnaît la nécessité de la foi fondée sur la Révélation.
Le Poème sur le désastre de Lisbonne est traduit en prose (ce n'est pas la première traduction de ce poème : il y en avait trois au temps de Stanislas Auguste). Il lui manque la dernière partie, la conclusion, où Voltaire fait planer le doute sur la providence divine. Ainsi le poème apparaît comme un chant à la gloire de Dieu, l'unique soutien dans le malheur. Comme le remarque Zdzislaw Libera: "Staszic termine sa traduction par la conviction qu'en Dieu seul est la justice et qu'il n'est permis à l'homme que de souffrir et non pas de murmurer ou protester. Le doute qui pénètre les strophes de Voltaire, et surtout le ton avec lequel il parle de l'espérance et des désillusions de la foi, se perdent dans la traduction de Staszic. "
L'œuvre philosophique de Voltaire, surtout celle qui visait les institutions ecclésiastiques, n'était pas bien connue en Pologne. Dans les traductions des contes tout trait susceptible d'atteindre l'autorité de l'église catholique se trouvait nuancé. Les lecteurs polonais (ceux qui ne lisaient pas en français) ne disposaient pas de bases philosophiques suffisantes pour pouvoir bien comprendre l'œuvre de Voltaire : Pascal, Leibniz, Newton étaient presque méconnus en Pologne et les écoles ecclésiastiques ne jugeaient pas utile de les introduire, bien au contraire, l'église était plutôt hostile à la nouvelle philosophie. C'est pour cela qu'au lieu de faire connaître les idées du philosophe français, les adaptateurs polonais, et surtout les auteurs des textes publiés dans les périodiques, propageaient les idées antivoltairiennes.



CHAPITRE IV
Voltaire dans les périodiques.


Dès 1729 les piaristes ont le monopole sur les périodiques. Ils dirigent Nowiny Polskie [Nouvelles polonaises], Kuryer Polski [Courrier polonais], Uprzywilejowane Wiadomosci z Cudzych Krajów [Les Nouvelles privilégiées des pays étrangers]. Puis ce monopole passe entre les mains des jésuites qui publient Kuryer Extraordynaryjny [Courrier extraordinaire], Kuryer Warszawski [Courrier de Varsovie] et Wiadomosci Warszawskie [Les Nouvelles de Varsovie] qui se transformerons en Gazeta Warszawska [Gazette de Varsovie] dirigée par l'abbé Luskina. Les revues jésuites mènent des campagnes contre les déistes en général et contre Voltaire plus particulièrement.
A l'époque de Stanislas Auguste Voltaire est à la mode. Le public polonais s'intéresse à tout ce qui le concerne. Déjà en 1765 Wiadomosci Warszawskie [Les Nouvelles de Varsovie] publient des notices sur sa vie privée. Le 16 mars 1765 est mentionnée la lettre que Voltaire avait écrite à la Hague contre le fait de brûler ses livres aux Pays-Bas ; en 1768 elles parlent d'Un homme à quarante écus, et le 12 novembre de cette année donnent une fausse information sur sa mort. De la popularité de Voltaire, témoigne la notice suivante des Nouvelles de Varsovie du 14 mai 1768: "Wzgledem starca tego pelne sa gazety nasze rozmaitych, a czestokroc przeciwnych sobie wiadomosci. " [Quant à ce vieillard, nos journaux sont pleins d'informations diverses, et souvent contradictoires. "] Le 20 septembre 1766 Wadomosci Warszawskie [Les Nouvelles de Varsovie] informent leur public sur l'écrit intitulé Wolter w swoich zwlokach [Voltaire dans sa dépouille mortelle] dont l'auteur dit qu'il regarde la tête blanche du cadavre de Voltaire et constate que la vieillesse ne lui a pas amené des pensées décentes.
Le rédacteur de la Gazette de Varsovie veut, lui aussi, attirer le public par des informations sensationnelles. Il choisit dans les revues étrangères les nouvelles non pas les plus importantes, mais les plus exceptionnelles et susceptibles d'intéresser le public, et de ce point de vue Voltaire est un sujet intarissable, donc la revue abonde en descriptions de sa mort, sa conversion, sa sépulture. Le 12 décembre la Gazette donne des informations sur le " panégyrique " funèbre pour Voltaire écrit par l'auteur de la comédie Les Philosophes, Palissot, et cite un assez long fragment du texte. La portée de telles informations était large, vu que le tirage de la revue s'élevait à 1500 exemplaires.
Les revues en langue française, comme le Journal polonais, édité par Michal Gröll en 1770, et le Journal littéraire de Varsovie, édité par Dufour dans les années 1777-1778, ne parlent de Voltaire que d'un ton admiratif. Elles louent son style et ses triomphes sur la scène à Paris. Le Journal polonais admire Le siècle de Louis XIV auquel "la critique ne peut pas beaucoup reprocher" et que " les vrais connaisseurs doivent admirer. " Gröll appelle Voltaire " le peintre incomparable de l'humanité, de la philosophie et de la raison. " Le Journal littéraire de Varsovie mentionne la satire Les Cabales, dans le cahier de juin 1777 ; donne l'épigramme A M. l'abbé de Lille ; insère une notice sur Un chrétien contre six Juifs et les informations sur les représentations de Mahomet (le 22 novembre 1777) et de Nanine (le 27 novembre) par les acteurs français à Varsovie. Et en 1778 il décrit la représentation d'Irène à Paris.
Les revues strictement littéraires polonaises apprécient le Voltaire poète, mais elles sont réticentes à l'égard de sa pensée philosophique, et même déconseillent certains de ses livres. Ainsi Monitor (du latin : " celui qui rappelle, qui conseille, guide, conseiller ") incite les Ciekawski [Curieux] à abandonner les livres impies comme le Dictionnaire philosophique portatif, La Pucelle d'Orléans, Emile, Lettres des deux amants et à prendre entre les mains les Evangiles et les livres saints. La même tendance apparaît dans la mention sur la popularité en Pologne du Dictionnaire philosophique portatif " dla wielu bledów, falszów, bluznierstw i bezboznosci, za dekretem parlamentu paryskiego (4 Junii 1766) przez rece katowskie spalonego. " [" pour beaucoup d'erreurs, de faux, de blasphèmes et d'impiétés, selon le décret du parlement de Paris (4 Junii 1766), brûlé par les mains du bourreau. "] L'avis défavorable et conservateur se trouve aussi dans la note suivante : " Acz Wolter zda sie wszystko wiedziec w swoich ksiazkach i umie przyczyny powiedziec wszystkiego, przecz lepsza z kazdej strony isc za nauka plebana z ambony." ["Même si Voltaire a l'air de tout savoir dans ses livres et sait dire les raisons de tout, il est mieux, de tout côté, suivre le sermon du curé. "] Ces avertissements contre les livres de Voltaire témoignent, d'un côté, d'un grand intérêt du public pour l'auteur de La Pucelle, et d'autre côté, des réticences dues à l'influence de l'église catholique.
Voltaire n'est pas trop souvent cité dans Monitor. L'artiste, il était considéré comme autorité et modèle, mais le voltairianisme comme courant déiste faisait peur aux esprits prudents et suscitait des objections. Le rédacteur de l'autre revue littéraire, Zabawy Przyjemne i Pozyteczne [Jeux utiles et agréables], Franciszek Bohomolec, affirmait que le nom de Voltaire était devenu arme et publicité pour les impies à la mode qui ne connaissaient même pas ses écrits. Józef Minasowicz, traducteur de l'Epître du diable à M. de Voltaire, était du même avis.
Monitor avait un programme de lutte contre l'obscurantisme et d'amélioration des mœurs. Ses rédacteurs croyaient que ce programme pouvait être accompli grâce aux traductions de la littérature européenne et ils montraient Nadgroda cnoty, l'adaptation de L'Ecossaise comme exemple de l'œuvre qui sert le mieux à ce but. Monitor mentionne aussi le Voltaire historien et approuve ses idées de remonter aux sources. C'est grâce à Voltaire également que la revue promeut la prose et les traductions en prose par rapport aux traductions en vers qui étaient obligatoires avant, même pour les textes écrits en prose dans l'original.
Zabawy Przyjemne i Pozyteczne z slawnych tego wieku autorów zebrane [Jeux utiles et agréables cueillis parmi les auteurs les plus célèbres de ce siècle], l'organe du parti lié à Stanislas-Auguste et dirigé par Bohomolec, ne mentionnent pas souvent le nom de Voltaire. Il y est cité plutôt comme auteur de poèmes lyriques et de poèmes de circonstance. En 1774, la revue publie, dans la traduction de Antoni Naglowski, les poèmes : Oda na wojne 1771 Rossyaków z Turczynem [Sur la guerre des Russes contre les Turcs en 1778] (dans le volume XII), List do Najjasniejszej Katarzyny II, Imperatorowej calej Rossji roku 1772 pisany, Slawie tryumfujacej Pólnocy przelozony [Epître à Catherine II] (dans le volume XV, traduction libre), Wiersz starego Woltera do mlodej Delii [A la jeune Délie], Wolter do Hrabiny B* [A Mme la Comtesse B*] (vol. XV), et Wiersz Woltera do króla szwedzkiego [Au roi de Suède]. Adam Naruszewicz publie sa traduction du Précis de l'Ecclésiaste dans le volume XIII, et dans le volume VI, en 1772, apparaît la traduction du Marseillais et le Lion. La même année 1772, voit l'apparition dans les colonnes des Zabawy (vol. IV) de l'article intitulé O naukach wyzwolonych w Europie za czasów Ludwika XIV. La note de bas de page informe que c'est la traduction d'un fragment de l'Essai sur l'histoire générale de M. de Voltaire. En fait c'est la traduction du chapitre XXXIV du Siècle de Louis XIV dont la traduction entière apparaîtra en 1793.
Dans la période de la Grande Diète (1788-1792) Voltaire devient symbole de la révolution. Son Brutus, tragédie républicaine, a pris un nouveau sens, aussi bien à Paris en 1791 qu'à Varsovie de la même époque. Tous les périodiques de ce temps, même conservateurs, s'intéressent aux événements qui se déroulent en France. Gazeta Narodowa i Obca [Gazette nationale et étrangère] de 1791 donne une relation enthousiaste des obsèques de Voltaire à la Sainte Geneviève. Voltaire est partout appelé le père de la liberté, cependant, quoique rarement, apparaissent des voix montrant sa duplicité, comme celle du Dziennik Patriotycznych Polaków [Journal des Polonais patriotes] de 1792 (no 10): "Wolter, ów slawny Wolter, ów dowcip jedyny, / Kochal ludzi, lecz bardziej dary Katarzyny. " ["Voltaire, ce célèbre Voltaire, cet esprit unique, / aimait les hommes, mais encore plus les dons de Catherine."]
Pourtant dans cette période les opinions positives prévallent. Les partisans des réformes et les radicaux du temps de la Grande Diète et de l'insurrection de Koscuiszko se réfèrent à l'autorité de Voltaire dans leurs périodiques: Magazyn Warszawski [Magazine de Varsovie] ou Pamietnik Historyczny i Polityczny [Journal historique et politique] et cherchent dans les écrits de Voltaire des arguments pour leur idéologie de liberté, d'égalité et du non-conformisme. Les rédacteurs de la Gazeta Narodowa i Obca [Gazette nationale et étrangère] s'élèvent - avec Voltaire - contre le pouvoir féodal de l'église, approuvent les lois de l'Assemblée Générale sur la vente des biens ecclésiastiques, mobilisent l'opinion publique contre les grands magnats, font appel à combattre les préjugés et les privilèges de la noblesse.
Pendant toute époque de Stanislas Auguste l'attitude envers les idées voltairiennes reflète les points de vue idéologiques et les conceptions du monde des hommes de lettres et des hommes politiques polonais. Le début du règne de Stanislas Auguste est marqué par une attitude négative provoquée par les milieux ecclésiastiques. Au fur et à mesure des débats politiques sur la situation internationale de la Pologne et suite aux événements historiques le climat intellectuel se radicalise, apparaissent les idées révolutionnaires et jacobines, dont Voltaire devient le patron. Pourtant l'église ne cède pas facilement la place et lutte contre les idées déistes et révolutionnaires à l'aide des écrits polémiques traduits souvent du français.



CHAPITRE V
Les polémiques autour de Voltaire.


Les livres et les brochures antivoltairiens apparaissent d'initiative de l'église catholique. Très souvent, ce sont les traductions des polémiques françaises: des ouvrages de l'abbé Nonnotte, comme Les Erreurs de Voltaire ou Dictionnaire philosophique, de Ricard, comme Voltaire parmi les ombres, de Giraud, etc. Les libelles sont publiés assez tôt en Pologne, dès les années 1760. Les ecclésiastiques qui accèptent sans objections l'oeuvre théâtrale de Voltaire - chez les piaristes il y avait même des projets de traduire toutes ses pièces - s'élèvent contre ses contes et ses écrits philosophiques, ce qui est dû à l'attitude de Voltaire envers l'église. Sa pensée philosophique est rejetée en bloc sans qu'on sache parfois en quoi elle consistait.
Déjà en 1761, Józef Epifani Minasowicz traduit la satire de Giraud intitulée Epître du diable à M de Voltaire (List diabla do pana Woltera) avec la fameuse formule : " Tout diable que je suis, je le suis moins que toi. " Minasowicz écrira encore, en 1782, des poèmes satiriques contre le Traité de tolérance et contre Candide. En 1760, le nom de Voltaire est mentionné dans un ouvrage paru sous le titre Rozmowy w ciekawych i potrzebnych w filozofii i polityce materyach w Kollegium Nobilium Warszawskiem Scholarum Piarum miane [Discussions sur des matières intéressantes et utiles dans la philosophie et la politique, tenues à Collegium Nobilium Varsovien Scholarum Piarum]. Voltaire, et avec lui Hobbes et Montesquieu y sont appelés " mocne duchy " [" esprits forts "] : " (…) jezeli sie jakie w nich Boskim ublizajace przymiotom znajduja mysli, te zaprawde nie tak z defektu uwagi stworzonych rzeczy pochodza, jak raczej przeciwnym sposobem, z zbytecznego onychze szperania i w wysokiej nadto subtelnosci rozumu, w usilnym tego wszystkiego, co na swiecie uwazamy dociekaniu." ["(...) s'il se trouve, chez eux, des pensées insultant Dieu, celles-là résultent sûrement, non pas de défaut de considération des choses créées, mais, au contraire, de la recherche de leur essence poussée trop loin, et d'une trop grande subtilité de la raison, d'une pénétration à toute force de ce qui existe dans le monde. "] L'auteur cherche une justification de l'attitude des nouveaux philosophes, l'attitude qu'il est loin d'approuver.
Le même Stanislaw Konarski qui appréciait l'Histoire de Charles XII au point de la proposer comme un manuel scolaire, après l'apparition du Poème sur le désastre de Lisbonne, attaque Voltaire dans une ode en latin : In impium Poetam, quicumque sit, Autor carminis de terrae motu Ulyssiponensi éditée dans ses Opera lyrica en 1767. Cette ode est traduite en polonais en 1778 par Urban Szostowicz. En 1769 Konarski écrit un ouvrage contre les déistes O religii poczciwych ludzi [Sur la religion d'honnêtes hommes] où il mentionne Voltaire comme représentant de l'école déiste. Il parle aussi d'un style voltairien, en nommant ainsi ce style dans lequel " medrcy ci chrzescijan trzymajacych sie Ewangelii (…) nieukami nierozumnymi (…) na ostatek wpól szalonymi i glupimi mianuja. " [" ces sages appellent les chrétiens fidèles aux Evangiles (…) des ignorants insensés (…) enfin à demi fous et stupides "] Cette œuvre n'a pas eu l'approbation des théologiens qui l'ont considérée comme peu sévère et Konarski lui-même a été accusé de déisme.
Le cas de Konarski témoigne d'une attitude ambivalente de l'église envers Voltaire. D'un côté, on assiste à un accueil enthousiaste de ses tragédies - dû, peut-être à une interprétation qui les rendait favorables à la religion (l'interprétation de Zaïre comme une apologie de la religion chrétienne) - d'un autre côté, on voit la réfutation de son œuvre philosophique. Voltaire existe donc pour les auteurs liés à l'église à la fois comme une référence : il y a des ecclésiastiques qui le citent pour soutenir leurs idées, et comme une cible préférée de leur critique.
Dès les années 1770 les écrits anti-déistes prolifèrent en Pologne. En 1773, il y avait même le projet d'un concours pour la meilleure dissertation contre les athées et les déistes et leurs chefs : Voltaire et Rousseau. En 1776 sont éditées : Religia w uporze albo rozmowy dwóch filozofów [Religion dans l'entêtement ou les entretiens de deux philosophes] et Stopnie w przepasc ateizmu prowadzace [Les Marches menant à l'abîme de l'athéisme]. En 1778, et encore une fois en 1780, paraît Spowiedz, czyli Jawne wyznanie J P de Voltaire [Confession publique de M de Voltaire], traduite du français par Andrzej Trzcinski, et en 1779 Niedowiarstwo prostymi zdrowego zdania zbite uwagami [L'Incrédulité combattue par le simple bon sens]. En 1779 également, paraît la traduction des Erreurs de Voltaire de l'abbé Nonnotte (rééditée en 1780 et 1781) et en 1781 - la traduction de Voltaire parmi les ombres de Charles Ricard (rééditée en 1794). Cette dernière œuvre présente Voltaire devant les ombres des philosophes dont chacun lui fait des reproches, enfin ils le mènent à l'église de la Vérité où ils prononcent une sentence de culpabilité, et Voltaire, repenti, leur donne raison. L'année 1782 voit paraître deux ouvrages polémiques traduits du français : Wyrocznia nowych filozofów dla dopelnienia i ojasnienia dziel Pana de Voltaire [L'Oracle des nouveaux philosophes] de l'abbé Guyon qui, avec tout le respect pour son talent, condamnait ses blasphèmes, et Dykcjonarz filozoficzny [Dictionnaire philosophique] de l'abbé Nonnotte où celui-ci, dans l'ordre alphabétique, dans les articles : " Foi ", " Religion ", " Providence ", " Chrétienté ", énumère tous les reproches contre la religion, donc Voltaire y est attaqué indirectement. En 1784 paraît la traduction dont on a pas réussi à identifier le texte français d'origine Filozofka, czyli rozmowa damy z filozofami [Une philosophe, ou la conversation d'une dame avec les philosophes]. C'est un roman qui raconte l'histoire d'une femme qui, après avoir quitté la maison paternelle, menait une vie libertine et ensuite s'est repentie. La deuxième partie contient ses dialogues avec les philosophes. A Voltaire, elle rappelle toute sorte de bastonnades qu'il aurait subi, par exemple à la sortie du Café Procope, et que, à cause des poèmes portant atteinte à l'honneur du beau sexe, il a été enfermé, pour huit jours, dans une niche de chien. Il serait intéressant de mentionner aussi une traduction de l'allemand faite par Jacek Przybylski sous le titre Historyczno-krytyczne wiadomosci o zyciu i pismach Pana Woltera i inszych nowych filozofów [Historische und Kritische Nachrichten von den Leben und den Schriften des Hern v. Voltaire und anderer Neuphilosophen unserer Zeit von Johan Christoph von Zabuesnig]. C'est une œuvre qui se veut objective, quoique'elle traite Voltaire d'impie, elle donne des détails sur sa vie et des avis, assez superficiels, sur ses œuvres.
Les traductions existent à côté des productions tout à fait originales, comme Skutki dziel Woltera przez Galicjanina [Les Effets des œuvres de Voltaire par un Galicien] (1792). Cette brochure contient la thèse suivante : les gens lisent des livres nouveaux et y trouvent les idées de la liberté ; alors ils ne croient plus ni en Dieu, ni au diable et cette liberté amènera à ce que le fils poursuivra le père avec l'arme entre les mains, l'ami poursuivra son ami, le mari sa femme, il éclatera donc la guerre, les incendies, la misère, en un mot une apocalypse, et voilà les effets des œuvres de Voltaire.
En 1792, après la parution de la traduction de Saül, a eu lieu une polémique assez remarquable entre l'abbé Surowiecki et le représentant du parti qui luttait contre l'obscurantisme, Stanislaw Potocki. Surowiecki écrit une pièce qu'il intitule Python, lipsko-warszawski diabel, kontragedia na tragedie " Saul ", wyjeta z Pisma sw., grana przez aktorów tamtego swiata [Python, diable leipzigo-varsovien, contragédie sur la tragédie " Saül ", tirée de la Sainte Ecriture, jouée par des acteurs d'outre monde]. Le contenu de la pièce se présente ainsi : les saints dans le ciel, inquiets par l'état de l'église, envoient une députation en enfer pour examiner ce qui est à l'origine de cette situation. Lucifer vient à sa rencontre monté sur Voltaire, Belzébuth sur Rousseau, Asmodée sur Montesquieu, Belphégor sur Mirabeau, et suit une série d'accusations des philosophes impies. En général, on ne fait pas davantage de distinction entre eux. Stanislaw Potocki répond par une brochure Scena ostatnia "Pythona" [La dernière scène de " Python "] qui défend la traduction de Saül où il dit que les ecclésiastiques se sont occupés des choses terrestres et ont négligé les bonnes mœurs et l'éducation. Alors Surowiecki écrit un nouvel ouvrage : Góra rodzaca, bajka sprawdzona w XVIII w. [La montagne qui accouche, fable vérifié au XVIIIe s.]. La montagne c'est le XVIIIe siècle et la souris c'est le progrès et les profits qu'il a atteints. Surowiecki réclame l'établissement de la censure, de l'Inquisition qui brûlerait les livres impies et le rétablissement des jésuites. Il n'épargne pas les invectives aux philosophes. Contre Voltaire, il écrit : " Ten to slawny patriarcha dzisiejszo-modnej sofistyki ; ten ukanonizowany bluznierca Chrystusowej religii ; ten twórca francuskiego szalenstwa ; ten bozek farmazonskiego bractwa ; oh ! cóz to za szczesliwy balwan, jakich on doczekal sie kadzidel ! " ["C'est ce célèbre patriarche de la sophistique qui est aujourd'hui à la mode ; ce canonisé blasphémateur de la religion du Christ ; ce créateur de la folie française ; cet idole de la confrérie des sots ; oh ! combien heureux est cet imbécile, quels encens on brûle devant lui ! "] Le même Surowiecki, qui défendra ses idées toute la vie, traduira encore, en 1816, à l'époque où l'autorité de Voltaire sera pleinement reconnue et les polémiques s'éteindront, Du fanatisme de Jean François Laharpe où il ajoutera des notes pleines de mépris.
A l'époque de Stanislas Auguste il y a aussi des voix défendant Voltaire. Telle est la dissertation de Teodor Weichardt, éditée en 1781, List Imc Pana a Trahciew do nauczycielów filozofii w Polszcze zapraszajac do obchodzenia pamiatki smierci Pana Woltera [Lettre du Sieur d'à Trahciew aux maîtres de philosophie en Pologne invitant à commémorer le souvenir de la mort de Voltaire]. L'auteur se cache sous un pseudonyme qui est l'anagramme de son vrai nom et donne une fausse information sur le lieu de publication (Leipzig), ce qui était en usage quand l'éditeur craignait qu'une œuvre, pouvant heurter certains milieux, ne soit confisquée. La dissertation de Weichardt est un plaidoyer en faveur de Voltaire qui repousse les reproches qui lui sont faits. Elle se divise en deux parties : la première évoque la grandeur de l'auteur français, la deuxième s'appuie sur l'idée de tolérance et sur le rôle de Voltaire. Dans la première partie l'auteur affirme que le génie ne se mesure pas, que les grands sont envoyés sur la terre par les cieux comme un don particulier, qu'il n'y a pas d'école pour les former. Il constate également que Voltaire n'était pas ennemi de Dieu ni blasphémateur de la religion : " M. Voltaire n'a jamais écrit contre aucune religion, [il ne s'est élevé que] contre ce que les uns et les autres y avaient ajouté. " Selon Weichardt, La Pucelle pourrait être considérée comme une œuvre littéraire contre les mœurs, mais non pas contre la religion. L'idée de la deuxième partie est ainsi résumée par l'auteur lui-même : " Seule la tolérance a fait de lui le maître du monde entier, le philosophe du genre humain et le bienfaiteur des nations futures. C'est lui qui l'a introduite en Europe, c'est lui qui a transformé les rois en amis des philosophes et en défenseurs de la liberté de pensée. "
D'autres mentions mettant Voltaire et sa pensée en valeur apparaissent dans des périodiques et à l'occasion d'autres sujets, comme par exemple dans la brochure de 1792 Nauki rzadza swiatem [Les Sciences gouvernent le monde] qui décrit Voltaire d'une manière suivante : " Dostawszy od przyrodzenia imaginacje swietna i zmysly szczesliwe, zagarnia przed siebie i przebiega wszystkie literatury gatunki. Jako filozof pod cale nieznanymi uwaza je postaciami, jako poeta, nowymi kolorami ozdabia. Walczy z Rasynem i Wirgilem, ale z wdziekami, których ani ten, ani ów nie znajac, zarówno by je obydwa szacowali. Z okregu nauk wyzwolonych przedziera sie do sfery glebszych moralnoscii historii; (...) wystawia na widok prawde taka, jaka jest w istocie; niemniej jednak ku niej zywa milosc nieci. Jednym okiem na narody rzuca, a obraz, który nam rysuje, jest najobszerniejszym, jaki tylko wymowa podac rozumowi moze. Slowem, dokonczajac jego portretu, przydajmy, ze zaden czlowiek nie mial wiecej talentów i wiecej wielbicielów, ale razem i wiecej nieprzyjaciól." ["Ayant reçu de la nature une imagination brillante et des sens heureux, il ramasse devant lui et parcourt tous les genres de la littérature. Philosophe, il les examine sous de nouvelles formes ; poète, il les orne de nouvelles couleurs. Il rivalise avec Racine et Virgile, mais avec la grâce que, ni l'un ni l'autre ne l'ayant connue, ils l'estimeraient tous les deux. Du cercle des arts libéraux, il passe vers la sphère de la morale et de l'histoire ; (…) il présente la vérité tel qu'elle est en réalité ; cependant il éveille un vif amour pour elle. Il jette un coup d'œil vers les nations, et l'image qu'il nous dessine est la plus vaste que la parole peut présenter à la raison. En un mot, pour finir son portrait, ajoutons qu'aucun homme n'a eu plus de talents ni plus d'admirateurs, mais en même temps plus d'ennemis. "]
Aussi des comédies luttant contre les préjugés défendent indirectement Voltaire, par exemple Franciszek Zablocki dans Zabobonnik [Superstitieux] ridiculise le vieux noble Anzelm qui était contre les impies. Apparaissent également des jugements critiques sur l'œuvre de Voltaire. Ignacy Krasicki dans O rymotwórstwie i rymotwórcach [Sur la poésie et les poètes] écrit que Voltaire est un auteur trop loué d'un nouveau type de tragédie (pendant que ses comédies sont plutôt médiocres): Zaïre et Alzire étant les pièces les plus éminentes pour la représentation des sentiments tendres. Il lui reproche que " …uwiedziony zbytnim wlasnej milosci zapalem, mniemal wszystko ogarnac, co niedoleznosci ludzkiej nie jest pozwolono; nadwerezyl nieco z innych miar sprawiedliwie nabytej slawy." ["...séduit par un trop puissant enthousiasme de l'amour propre, croyait tout saisir, ce qui n'est pas permis à l'infirmité humaine; il a abusé un peu de la gloire justement acquise par ailleurs. "]
Il est intéressant que la littérature du temps de Stanislas Auguste passe sous silence l'attitude de Voltaire envers la Pologne pendant le premier partage. Seul Stanislaw Staszic, publiciste, le mentionne indirectement dans Przestrogi dla Polski [Les Avertissements pour la Pologne] : " W Humaniu znajduja sie dotychczas trzy wielkie studnie, zapakowane kilka tysiacami samych dzieci, przy piersiach matek zamordowanych. Trzeba zostawiac te bezecenstwa slady, aby potomnosc wiedziala, jak sadzic te Katarzyne, która, wcale jej nie znajac, tylko o jej pensjach slyszac, nikczemny chciwiec slawy i pieniedzy, Wolter, i podly dla pensji, Helwecjusz, wyslawiaja pod niebiosa, wystawujac potomnosci do nasladowania jej madrosc, tolerancje i ludzkosc!" ["A Human [ville en Ukraine, lieu d'un massacre inspiré par le pouvoir russe], il y a toujours trois grands puits, remplis de quelques milliers d'enfants, assassinés aux seins de leurs mères. Il faut laisser ces traces de vilenie, pour que la postériorité sache comment juger cette Catherine que, sans la connaître, et n'entendant parler que de ses honoraires, indigne, avide de gloire et d'argent, Voltaire, et lâche pour l'argent, Helvétius, portent aux nues, en donnant, à la postérité, à imiter sa sagesse, sa tolérance et son humanité. "]
On voit que le public polonais n'était pas indifférent envers Voltaire. Souvent son attitude semble être ambivalente, même au sein de l'église catholique qui se voulait son ennemi fervant. Voltaire était un auteur controversé et difficile à définir. Parfois la même personne apprécie certains aspects de son oeuvre en se révoltant contre les autres. Le Voltaire dramaturge est généralement admiré, mais le Voltaire déiste qui se soulève contre l'institution de l'église est impossible à accepter dans le pays avec une forte tradition religieuse. Dans le domaine de la poésie, Voltaire reste un maître irremplaçable et constitue pour les poètes polonais une référence et une source où ils puisent souvent, sans perdre, cependant, leur originalité et la spécificité de leur poésie due au contexte géographique et politique dans lequel elle est créée.



CHAPITRE VI
L'influence sur des auteurs polonais.


IGNACY KRASICKI

Ignacy Krasicki (1735-1801) est considéré comme un des plus éminents représentants des lumières polonaises. Auteur de fables, poèmes héroï-comiques, poèmes epiques, comédies et romans, il s'est inspiré du classicisme français du XVIIe et du XVIIIe siècles. Son inspiration voltairienne n'est pas directe, mais se retrouve sur plusieurs niveaux de son oeuvre.
Déjà dans son cahier de lectures de jeunesse, on retrouve recopiés quelques poèmes de Voltaire: Vers de M. de Voltaire à Mme la Dauphine qui ont causé la disgrâce de ce poète à l'incipit "Souvent la plus belle princesse..."; Epitaphe à la Marquise du Châtelet par Voltaire - "L'univers a perdu la sublime Emilie..." , qui a été traduite également par Józef Zaluski en 1754 et par Kajetan Wegierski. Dans cette épitaphe se révèle le style concis, limpide et hardi, tellement caractéristique à Voltaire, le style d'un compliment raffiné. Ce style a marqué Krasicki qui, lui aussi, joignait le compliment à la satire. Ces deux poèmes comportent également le motif cher à Krasicki : l'enthousiasme à l'égard du travail intellectuel et le mépris de l'ennui et du vide qui accompagne la vie à la cour. Dans la satire Do króla [Au roi] le poète polonais reprend, pour la transformer en compliment, la citation de la Henriade que les rois " ces illustres ingrats " n'ont pas d'amis, pendant que Stanislas Auguste en a eu beaucoup.
Le parallèle entre Krasicki et Voltaire a été établi par ses contemporains. Il était fondé non pas sur l'idéologie, mais sur leur position de l'autorité dans la poésie. Stanislaw Trembecki, qui semble apprécier davantage le talent poétique de Krasicki que celui de Voltaire, a uni les deux auteurs dans son poème Gosc w Heilsbergu [Hôte à Heilsberg [siège des évêques de Warmie]] en disant : " Grubsze straci przesady i rozumu przetrze, / Kto ma szczescie fernejskie oddychac powietrze. / Lecz kto sie tresciwymi chce rytmami wslawic, / Ten musi dzien choc jeden w Heilsbergu zabawic. " [" Perdra de grossiers préjugés et polira la raison / Celui qui a la chance de respirer l'air de Ferney. / Mais celui qui veut se faire connaître par des vers succincts / Doit passer au moins un jour à Heilsberg. "] Les deux auteurs ont pratiqué tous les genres (sauf tragédie dans le cas de Krasicki) et ont cherché des formes nouvelles d'expression littéraire. Les deux ont été attirés par le monde oriental. Krasicki est le premier à introduire en Pologne les lettres en vers et en prose (Wiersze z proza [Vers mêlés de prose]). Franciszek Ksawery Dmochowski établit un parallèle suivant : " Son Voyage à Bilgoraj, ses Lettres en vers et en prose pleines d'esprit, de vivacité et de naturel sont pour nous ce que peuvent être pour les Français La Chapelle et les habiles poésies de Voltaire. " Selon Dmochowski, Krasicki, invité par Frédéric II, habitait la même chambre que Voltaire à Sans Souci ce qui serait la raison pour laquelle il voulait l'égaler.
On peut établir également un parallèle entre le roman de Krasicki Mikolaja Doswiadczynskiego przypadki [Aventures de Nicolas Doswiadczynski] et Candide de Voltaire. Les deux héros sont naïfs, les deux arrivent dans un pays utopique d'où ils reviennent avec des trésors qu'ils perdent après et ceux qui les ont volés sont punis. Cependant ce sont plutôt les ressemblances formelles. Le roman de Krasicki est un roman d'éducation et son héros est loin de s'interroger sur les questions métaphysiques. Aussi l'utopie de Krasicki a plus de ressemblances avec Emile qu'avec l'Eldorado.
Krasicki est aussi le traducteur du Temple du goût de Voltaire, dont il conserve le mélange de vers et de prose, mais élimine les allusions personnelles. A part les exemples cités ci-dessus, le nom de Voltaire ou des allusions à son œuvre n'apparaissent pas sous la plume de Krasicki, cependant la pensée voltairienne est présente dans l'ensemble de sa production écrite et se révèle sous trois aspects les plus importants : la guerre contre l'église, les idées historiques et le style.
La guerre contre l'église de Krasicki est beaucoup plus nuancée que celle de Voltaire, pourtant Krasicki était évêque. On la retrouve surtout dans ses deux poèmes héroï-comiques : Monachomachia, czyli wojna mnichów [La Guerre des moines] et Antymonachomachia. Monachomachia a été publiée anonymement, probablement à l'insu de l'auteur. Son idée a été empruntée au Lutrin. Elle présente d'une manière ironique un conflit entre deux ordres religieux. L'image satirique y contenue éveille plutôt le rire et non l'indignation. Quoique les vices et la bêtise des moines y sont présentés avec une ironie plutôt débonnaire, Monachomachia a éveillé une indignation dans les milieux ecclésiastiques. Un anonyme a écrit Odpis na Monachomachia [Réponse à la " Monachomachia "] où il prédisait à son auteur qu'il partagerait la mauvaise célébrité de Voltaire auprès des générations futures. Suite à de telles critiques paraît Antymonachomachia qui est une " réfutation " parodique des thèses contenues dans la Monachomachia.
Quant aux idées historiques de Krasicki, elles présentent beaucoup de ressemblances avec celles de Voltaire. Il est intéressant que dans sa bibliothèque l'auteur français est représenté presque exclusivement par les ouvrages historiques. Krasicki a la même attitude sceptique à l'égard des historiographes traditionalistes. Dans le poème List do Adama Naruszewicza o pisaniu historii [Lettre à Adam Naruszewicz sur l'histoire] il croit nécessaire l'explication des légendes historiques et l'application du criticisme éclairé à l'égard de l'histoire. Il faut, quand même, souligner que Krasicki n'était pas historien. Il est l'auteur d'un roman intitulé Historia [L'Histoire] où les versions des anciens chroniqueurs sont contestées par un " témoin oculaire " - principal héros et narrateur. Il met en doute les " fables " des chroniqueurs en y opposant ses versions d'histoire, quelquefois tout aussi absurdes. Il ridiculise ainsi la reconstruction des détails historiques à partir des sources non-confirmées. Pour cela, il fait appel aux critères du bon sens. Par exemple la légende de Wanda, fille du roi de Cracovie qui préférait se jeter dans la Vistule que d'épouser un Allemand, est présentée d'une manière suivante : " Il n'est pas plus vrai qu'elle se précipita du pont dans la Vistule, attendu qu'auprès de Cracovie on passe cette rivière sur des radeaux. Il est vrai qu'elle se noya, mais cette mort ne fut pas de son choix, c'est la conséquence de l'ivresse de celui qui lui fit passer l'eau. " Il rectifie également l'histoire où le devin verrait un aigle volant au-dessus de la tête d'Alexandre le Grand pendant la bataille d'Arbelles. Or, il ne pouvait pas le voir, car : "Quiconque a vu une bataille, ne peut ignorer qu'à travers le tumulte et la poussière il serait difficile d'apercevoir, je ne dis pas un aigle, mais un troupeau d'aigles réunis. En second lieu, il n'y a pas d'oiseau qui ne soit effrayé du bruit et du vacarme. L'aigle, quoiqu'on l'appelle le roi des oiseaux, se fût enfuit, en pareil cas, aussi rapidement que la corneille. "
Krasicki, à l'exemple de Voltaire, s'élève contre toute sorte de mensonge et de merveilleux dans l'histoire. Il poursuit ce qui n'était pas possible, ce qui, selon toute vraisemblance n'a pas pu se passer. Ainsi " Lech [fondateur de la Pologne], simple et sans connaissances, (…) non seulement ne prit pas un aigle pour armoiries, mais ne savait pas même ce que c'était que des armoiries. " Aussi Jan Dlugosz, chroniqueur célébré par des Polonais, a commis beaucoup de fautes contre le bon sens, par exemple : " Il lui [à Krak, prince légendaire de Cracovie] donne une corrélation avec les Graques romains, et prétend qu'il sortit de Rome à l'occasion d'une des séditions qui s'élevèrent contre ces célèbres tribuns. L'erreur chronologique n'est que de 800 ans. "
Comme Voltaire, Krasicki oppose à l'histoire des guerres celle de la civilisation, au héros conquérant et orgueilleux - le bon gestionnaire du pays. Il met en cause la gloire d'Alexandre le Grand en lui opposant l'empereur de la Chine qui apparaît lors d'une cérémonie symbolique de labourage des terres. Ces idées apparaissent également dans l'épopée de Krasicki intitulée Wojna Chocimska [Campagne de Chocim].
Les ressemblances entre Krasicki et Voltaire se manifestent également au niveau du style. C'est le style ironique et concis, tributaire des conversations de salon. Le contemporain de l'évêque de Warmie, Julian Ursyn Niemcewicz remarque cette similitude: "Krasicki, imprégné de la littérature du siècle de Louis XV, et plus particulièrement des oeuvres de Voltaire, fit siens son humour et sa gaîté tout en rejetant son impiété." Les critiques de l'oeuvre de Krasicki mettent l'accent sur sa gaîté, sur son rire qui est loin d'être vraiment méchant. Adam Mickiewicz, dans ses Cours de la littérature slave le caractérise ainsi: "Un physiologiste français, pour expliquer la différence des caractéres, a divisé les hommes en crâniens, abdoméniens et poitrinaires, selon le développement de ces divers organes. On peut dire que Krasicki était un type parfait d'un écrivain abdoménien. Sa gaîté prenait son origine dans la bonne disposition de son abdomen; il était doué d'une gaîté folle, d'un rire inextinguible; plus gai que Boileau, presque aussi spirituel que Voltaire."
L'inspiration voltairienne de Krasicki, quoiqu'elle puisse paraître évidente, n'est pas facile à cerner. On retrouve certainement beaucoup d'idées communes, mais la plupart d'entre elles étaient propres à tous les représentants des lumières. On peut établir certains parallèles, mais eux non plus ne témoignent pas d'une dépendance de l'auteur polonais par rapport à Voltaire. Il faut constater que Krasicki a su transformer les idées acquises par des lectures diverses en sa propre pensée adaptée au moment et aux circonstances où il a vécu. Il a gardé son originalité et la spécificité de son langage tout en essayant d'implanter les idées des lumières dans le contexte polonais.



TOMASZ KAJETAN WEGIERSKI

Tomasz Kajetan Wegierski est le plus voltairien des poètes polonais. Il a adapté plusieurs poèmes de Voltaire, il le citait souvent et il n'a jamais caché sa fascination et sa dépendance par rapport au grand Français.
En 1776, il publie un livre intitulé Listy poetyckie [Epîtres] qui contient quatre poèmes dont trois sont les adaptations de Voltaire. A l'occasion de cette publication, Józef Bielawski, poète médiocre, malveillant à Wegierski, compose un quatrain railleur où il traite les poèmes de Wegierski de remaniements maladroits et plaint le sort de Voltaire qui, dans si piètre accoutrement servira à coup sûr de papillotes aux dames. Les textes de Voltaire contenus dans ce recueil sont : épître A Mme la marquise du Châtelet sur la calomnie [O potwarzy], A un ministre d'état sur l'encouragement des arts [List do czlowieka laczacego smak z umiejetnoscia i umiejacego cenic uczonych] et Premier discours de l'égalité des conditions [List o równosci losu ludzkiego] du Discours en vers sur l'homme. Dans le premier épître le nom Mme du Châtelet est omis dans le titre, ce qui donne au poème un caractère moins personnel. Cependant le prénom Emilie est conservé, mais dans ce contexte il peut se rapporter à n'importe quelle dame polonaise ou à une personne imaginaire. Paris est remplacé par Varsovie, tous les exemples des grands que les calomnies n'ont pas épargnés (Colbert, Louis XIV, le Régent) sont omis et à leur place apparaissent des vers qui parlent d'une façon plus générale de ce phénomène. Il n'y a pas, non plus, d'allusions aux ennemis personnels de Voltaire, ni même à ceux du poète polonais. Wegierski renforce l'expression satirique. Là où Voltaire compare l'envieux à un " frelon envieux " qui " pique et poursuit cette abeille charmante " (cette abeille étant toute personne douée de raison et de goût), dans la version polonaise il est question de " populace tumultueuse " et d' " animal canaille " qui étouffe bruyamment la voix de l'homme raisonnable. Dans la deuxième épître Racine et Corneille sont remplacés par les auteurs polonais : Naruszewicz et Trembecki, et Massillon et Bourdaloue par les prédicateurs polonais : Skarga et Lachowski. Enfin le troisième est assez fidèle au texte de Voltaire dont l'idée principale est : " Les mortels sont égaux, leur masque est différent. " Les deux présentent un tableau de la vie laborieuse ; Wegierski le transforme en ajoutant les noms des paysans polonais : Blazej, Sobek, Kaska. Les deux indiquent combien est menteur le tableau de la vie des tendres bergers des idylles rococo. Les deux montrent tout simplement que tous les hommes ont été pesés sur la même balance par le ciel.
Wegierski adapte également l'épître A M le Président Hénault où celui-ci est remplacé par Trembecki. Il y modifie également quelques compliments. Dans son poème Próznosc swiata [Vanité du monde] trois premières strophes sont une adaptation de l'épître A Mme Denis, nièce de l'auteur ; Mój swiat [Mon monde] est une libre adaptation du Mondain ; et Sztuka i natura [Art et nature] est une traduction de l'épître A Mme la marquise d'Ussé. Wegierski est aussi l'auteur d'un poème héroï-comique Organy [L'Orgue] où il dit lui-même que certaines chants sont traduits de La Pucelle d'Orléans. En réalité cette influence constitue seulement quelques fragments légèrement liés au contenu. Ce sont les débuts des chants IV, V et VI.
Dans ses adaptations, Wegierski élimine les allusions relatives à la réalité française et aux querelles littéraires de Voltaire. Il conserve, et même ajoute, les noms de poètes anciens et de représentants de la littérature française du XVIIe siècle qui sont présents dans la conscience des lumières polonaises.
Wegierski se rapproche à Voltaire également par ses idées anticléricales. Dans le poème adressé à son cousin List do ks. Wegierskiego [Lettre à l'abbé Wegierski] il lui conseille, pour monter dans la hiérarchie ecclésiastique, de devenir le guide spirituel d'une beauté : " Wkrótce zmienisz w fiolet czarna rewerende, / Porzucisz dla biskupstwa uboga prebende, / A co dzien w wyzsze coraz wynoszac sie sfery, / Bedziesz zalegal krzesla i dzwigal ordery : / I na starosc w lubieznym spoczawszy seraju, / Pójdziesz jak swiety biskup prosto stad do raju. " [" Tu changeras bientôt en violette ta robe noire, / Tu quitteras pour un évêché ta pauvre paroisse, / Et chaque jour montant dans les sphères de plus en plus hautes, / tu occuperas les sièges, porteras les médailles : / Et, vieux, t'étant reposé dans un sérail licencieux, / tu iras, tel saint évêque, tout droit d'ici au paradis. "]
Pour Wegierski, Voltaire était maître de la poésie et de la pensée non-entravée. Il essayait de l'imiter non seulement dans la poésie, mais aussi dans sa manière non-conformiste d'entretenir les relations avec les grands. Plus voltairien que Krasicki, il n'a cependant pas gagné l'approbation aux yeux de ses contemporains qui lui reprochaient une trop grande dépendance de l'auteur français. Pourtant sa dépendance était consciente. Il a plusieurs fois souligné que Voltaire était son maître et qu'il l'estimait au point de vouloir s'établir dans sa patrie et l'encenser jusqu'à la fin de ses jours.



JAN POTOCKI

Le voltairianisme de Jan Potocki est difficilement saisissable. Les spécialistes, et même de simples lecteurs, remarquent une frappante similitude du style élégant et spirituel, mais l'influence directe n'est pas prouvée. Il est cependant sûr que Potocki devait connaître les écrits de Voltaire, au moins parce que sa belle-mère Elzbieta Lubomirska (qu'on présumait être son amante) portait une grande admiration à cet auteur. Il en témoigne aussi la citation, quoique pas tout à fait exacte, de Zaïre dans une de ses parades Le Comédien bourgeois (acte V, scènes 8 et 9).
Jeroome Vercruysse a essayé de relever quelques ressemblances entre l'œuvre voltairienne et le Manuscrit trouvé à Saragosse. Elles se résument en certaines similitudes de situations qui ne prouvent pas forcément l'influence de Voltaire sur Potocki. L'influence la plus plausible, ce sont les similitudes du style. Par exemple le comte de Rovellas qui signe sa lettre : " Comte de Rovellas, marquis de Vera Lonza, y Cruz Velada, commandeur héréditaire de Tallaverde, y Rio Floro, seigneur de Tolasquez, y Riga Fuera, y Mendez, y Lonzos y otros, y otros, y otros, y otros " fait penser au gouverneur de Buenos Aires de Candide : " don Fernando d'Ibaraa, y Figueora, y Mascarenes, y Lampourdos, y Souza. " Aussi la parodie du style biblique est caractéristique à deux auteurs. Comparons la généalogie de la famille des Uzeda : " …nous nous contentons de faire remonter nos origines à Abishoua, fils de Pinhas, petit-fils d'Eléazar et arrière-petit-fils d'Aaron qui était frère de Moïse et grand prêtre d'Israël. Abishoua fut père de Bouqqi, grand-père d'Ouzzi, arrière-grand-père de Zérahya et arrière-arrière-grand-père de Mérayoth, qui fut père d'Amarya, grand-père d'Ahitoub, arrière-grand-père de Sadok et arrière-arrière-grand-père d'Ahimaaz, qui fut père d'Azarya, grand-père de Yohanan et arrière-grand-père d'Azarya le second" avec celle de Brioché du Pot-pourri : " Brioché fut le père de Polichinelle, non pas son propre père, mais père de génie. Le père de Brioché était Guillot Gorju, qui fut fils de Gilles, qui fut fils de Gros-René, qui tirait son origine du Prince des sots et de la Mère sotte. " On voit que la parodie de Potocki est plus subtile. Il ne fait que replacer les noms tirés de la Bible dans le contexte de son récit sans perdre cependant l'effet parodique.
Vercruysse cherche aussi quelques ressemblances d'idées, mais il est, en fait, difficile de constater à quel point ce sont les idées spécifiquement voltairiennes, et à quel point elles constituent l'héritage commun des lumières. Le voltairianisme de Potocki est subtil et nuancé et la question à quel point il était tributaire du philosophe français reste ouverte.

ADAM MICKIEWICZ

Au début du XIXe siècle la poésie de Voltaire perd d'actualité. Il devient même un poète moralisateur dont on tire des citations pour les donner comme exemples d'attitude modèle pour les jeunes. Pour ces fins, en 1809, on donne une version bilingue - franco-polonaise - du Voltaire de Jeunesse qui contient le choix de la pensée voltairienne, aussi bien philosophique que poétique et historique, destiné à instruire le jeune lecteur. La poésie de Voltaire reste également le modèle pour les classiques polonais. Pourtant, pour la dernière fois, au début du XIXe siècle, pour le cercle des jeunes de l'université de Vilnius, elle deviendra le symbole du non-conformisme et servira d'enjeu dans la lutte contre les institutions sclérosées et surtout contre l'église catholique. Tel était le rôle des traductions de Voltaire faites par le jeune Mickiewicz en 1817.
Juliusz Kleiner, spécialiste de Mickiewicz, voit dans ces traductions les exercices de style du jeune poète inspirés par son professeur de littérature. Cependant il remarque lui-même que l'année 1817 était une année de la plus grande intensification de la lutte des esprits libres de Vilnius contre l'obscurantisme. C'était l'époque où les tendances novatrices et anticléricales héritées du XVIIIe siècle ont trouvé leur expression la plus virulente.
La première œuvre de Voltaire traduite par Mickiewicz est l'Education d'un prince que le poète polonais intitule Mieszko ksiaze Nowogrodka [Mieszko, prince de Nowogrodek]. Mickiewicz polonise l'action et le monde représenté du conte de Voltaire en lui donnant un encadrement historique lithuanien de la seconde moitié du XIVe siècle. Les personnages obtiennent les noms polonais. Ainsi Alamon devient Mieszko, Amina - Zyla, le serviteur Emon - Poraj, et le corsaire Abdala - Mamaj, chef des Tartares qui s'emparent de la Lituanie et la dévastent. L'intrigue est semblable à celle de Voltaire : Mieszko est un prince sot et indécis qui suit tous les conseils de son confesseur, malgré les avertissements de son fidèle serviteur, Poraj. Mieszko s'éprend de Zyla qui est tout de suite chassée par le confesseur. A ce moment-là, les Tartares attaquent Nowogrodek et prennent Mieszko en captivité. Aidé par Zyla et Poraj, il réussit à se libérer et à vaincre les Tartares. Instruit par cette leçon, Mieszko éloigne le confesseur. La tendance anticléricale de ce conte - les confesseurs sont de mauvais conseillers - est accentuée.
Les idées anticléricales intensifiées se trouvent aussi dans le deuxième conte de Voltaire traduit par Mickiewicz : Gertrude ou l'éducation d'une fille. Ici également le monde représenté est polonisé. L'action se passe à Nowogrodek, Gertrude est remplacée par Aniela, et le Petit carême de Massillon qui se trouvait sur la table de nuit de Gertrude a été remplacé par un recueil de sermons d'un célèbre prédicateur polonais, Piotr Skarga. Mickiewicz a un peu raccourci le conte de Voltaire : les quatorze derniers vers ont été rendus par quatre. Ils avaient dans l'original un aspect moralisateur. Mickiewicz a peut-être pensé qu'un conte immoral n'a pas besoin de morale.
Enfin la troisième œuvre traduite par Mickiewicz est anticléricale par excellence. C'est le cinquième livre de la Pucelle d'Orléans adapté sous le titre Darczanka. Ce livre contient le récit de ce qu'a vu en enfer le père Grisbourdon (appelé par Mickiewicz Burda, ce qui veut dire " bagarre "), tué par Jeanne d'Arc pour se débarrasser de ses avances. Déjà dans les premiers vers du chant le traducteur élargit la notion du libertin. Chez Voltaire libertin est celui qui assouvit ses instincts ; chez Mickiewicz c'est celui qui profite de la vie en riant de Dieu et du clergé.
Grisbourdon retrouve en enfer les Grecs et les Romains célèbres, le roi Clovis qui, quoique baptisé, avait tué ses parents et massacré des voisins, et même le saint Dominique. Le narrateur chez Voltaire exprime ainsi l'étonnement sur le nombre de saints se trouvant en enfer : " Oh ! Quand j'aurais une langue de fer, / Toujours parlant, je ne pourrais suffire, / Mon cher lecteur, à te nombrer et dire / combien de saints on rencontre en enfer. " Le langage de Mickiewicz est plus direct, plus familier : " Gdybym zelazna gebe mial, o czytelniku, / A w tej gebie jezykow zelaznych bez liku, / Gdybym mowil a mowil, nie wymowie pono, / Ilu to naszych swietych do piekla wtracono. " [" Même si j'avais une gueule de fer, mon cher lecteur, / Et dans cette gueule des milliers de langues de fer, / Si je parlais et parlais, je ne pourrais dénombrer / Les noms de tous nos saints, jetés en enfer. " ] Mickiewicz traite le texte de Voltaire avec beaucoup de liberté. Son langage est plus concret et plus gaillard que celui de l'auteur français.
Voltaire termine la liste des personnages dignes du plus grand respect et se trouvant en enfer par : " Tous malheureux morts sans confession. " Mickiewicz est encore plus ironique et sarcastique quand il dit que ces hommes ont été condamnés : " Wszyscy slusznie, bo wszyscy zmarli bez spowiedzi. " [" Tous à juste titre, car tous sont morts sans confession. "] Chez Voltaire Grisbourdon en enfer " De nos beautés il voit les directeurs : / Le paradis ils ont eu dans leur vie. " Mickiewicz concrétise et explique : " A owi, bogin ziemskich pilnujac serduszka, / Otwarte sobie mieli sumnienia i lozka. " [" Et ceux gardant les cœurs des déesses terrestres, / ils avaient ouverts et les consciences et les lits. "]
Tous les changements introduits par Mickiewicz ont pour but d'accentuer la critique du clergé et de la religion par l'intensification de l'ironie et par la concrétisation des accusations. Il insiste sur le fait que c'est la religion qui fait croire à ses fidèles que ceux-ci sont précipités en enfer et les autres se trouvent en ciel, c'est la religion qui impose le culte des gens dont la vie était loin d'être idéale. Il dit : " Wszak znasz, moj czytelniku, jako podlug wiary / W pieklo pchamy tyrany i dobre Cezary. " [" Tu sais, lecteur, que selon la foi / nous précipitons en enfer les tyrans et les bons Césars. "] Mickiewicz attaque ouvertement la religion et l'enseignement de l'église. Là où Voltaire semble dire : nous croyons aux bêtises, Mickiewicz semble dire : l'église nous fait croire aux bêtises. Il le fait en utilisant la langue concrète, familière et simple. On voit bien qu'il ne s'agit pas de simples exercices de style, mais que le choix de ces trois textes était conscient et qu'il s'agissait de l'action idéologique dans l'esprit de la lutte contre obscurantisme entreprise par les intellectuels de Vilnius.
Mickiewicz a également essayé de créer un poème héroï-comique dans la veine de Voltaire, intitulé Kartofla [Pomme de terre]. Il l'a planifié en six chants, mais n'a achevé que le premier. Il s'agit d'un poème dont l'action se passe au ciel où les saints délibèrent s'il faut ou non favoriser la découverte de la pomme de terre faite par Christophe Colomb. Après de longues discussions, Saint Dominique sort une pomme de terre et en fait un éloge qui convainc tout le monde. Mickiewicz n'a jamais terminé ce poème. Il a même interdit de publier les trois autres, parce que, après avoir quitté Vilnius, à Kowno, il a découvert Schiller et Goethe, ses nouveaux maîtres et a voulu que ses lecteurs oublient ses débuts dans l'esprit classique et anticlérical. Plus tard, dans Ksiegi narodu i pielgrzymstwa polskiego [Les livres de la nation et des pèlerins polonais] il jettera l'anathème sur Voltaire et dénoncera son enseignement comme poison. Il lui reprochera son attitude philosophique de vouloir tout expliquer et critiquera aussi son attitude envers la religion, mais non pas le fait d'avoir nié Dieu, ni même de l'avoir ignoré, mais d'avoir célébré un Dieu indifférent et lointain, avec le dessein de couper toute la relation personnelle entre la créature et son créateur.



CONCLUSION

La question de la réception de Voltaire en Pologne s'étend sur plusieurs niveaux. On peut l'analyser du point de vue de la réception des œuvres particulières ou du point de vue de l'existence de la pensée voltairienne en général dans la conscience des Polonais du XVIIIe siècle. Le choix peut porter seulement sur les œuvres traduites en polonais ou sur l'ensemble de la production voltairienne disponible en Pologne dans sa langue d'origine. Le chercheur peut limiter son analyse aux œuvres de Voltaire présentes physiquement en Pologne ou bien l'étendre sur l'influence de sa pensée sur les hommes de lettres ou les hommes politiques ou de simples lecteurs et chercher les traces de cette influence dans leurs écrits. Mais toujours, vu la complexité du sujet, pour parvenir à des conclusions pertinentes, il faut faire un choix.
Le présent mémoire ne voulait qu'exposer la complexité de la question et la multitude de sources auxquelles on peut se référer en abordant ce problème. Et la présentation n'est, bien sûr, pas exhaustive : il existe des sources non découvertes, par exemple des manuscrits des œuvres recopiées, des traductions restées inédites ou des œuvres libertines qui ont subi l'influence de Voltaire. Le choix de ne pas restreindre le sujet était dicté par la difficulté de pouvoir consulter toutes les sources - la plupart se trouvant en Pologne ; mais il servait aussi pour faire un bilan des travaux existant et, sur cette base, se poser certaines questions qui pourraient orienter de futures recherches.
La première question à laquelle il faudrait réfléchir c'est la question du public qui lisait Voltaire en Pologne. On peut y distinguer au moins trois catégories des lecteurs. La première catégorie c'est le public aristocratique, celui qui communiquaient en français et qui parfois ne connaissaient même pas le polonais. Des étrangers qui séjournaient en Pologne à l'époque témoignent de l'omniprésence de la culture francophone dans la haute société polonaise : " Francuska literatura w owym czasie opanowala Polske i smiem twierdzic, ze wyzsze towarzystwo warszawskie mowilo lepszym akcentem francuskim anizeli niejeden Francuz z prowincji. " [" La littérature française à cette époque envahit la Pologne et j'ose dire que la haute société varsovienne parlait avec un meilleur accent français que certains Français de province. "] La littérature française était disponible en Pologne dans sa langue d'origine. Les libraires faisaient venir les livres français dans leurs magasins et dans les salles de lecture. De nombreux catalogues des imprimés étrangers, les catalogues des salles de lecture et les inventaires des bibliothèques témoignent qu'il arrivait en Pologne tous les écrits européens les plus célèbres ou les plus à la mode. Il est intéressant de remarquer que ce public était dans une grande partie féminin. Une enquête approfondie sur les mémoires des femmes de l'époque, sur leur correspondance aurait pu aboutir à des réflexions très intéressantes à propos de la manière de la présence de l'œuvre voltairienne dans la conscience féminine de l'époque et du degré de la compréhension de sa pensée par le public féminin.
La deuxième catégorie c'est le public qui ne pouvait connaître Voltaire que par le biais des traductions polonaises ou des articles de presse. Vu que la plupart de ses œuvres, et surtout les tragédies, ont été polonisées, que la plupart de son œuvre historique, ainsi que presque la totalité de son œuvre philosophique n'ont pas été traduites, l'image de Voltaire qu'ils pouvaient avoir était très réduite, voire déformée. Les œuvres polonisées ont une autre visée que celle de Voltaire. Elles peuvent servir dans la bataille contre l'obscurantisme, mais dans le contexte polonais cette bataille a d'autres buts qu'en France. Les traducteurs polonais sélectionnent ou transforment les idées de Voltaire pour les adapter aux objectifs polonais. Jamais la traduction n'est fidèle à l'intention du texte français, parce qu'elle vise un autre public. Le Voltaire polonisé est parfois plus gaillard, plus débonnaire que dans l'original, sa critique de l'église est atténuée au point de le transformer en un auteur moralisateur. Cependant le public polonais assiste au XVIIIe siècle à une vraie bataille contre les écrits de Voltaire. Il y a alors une image contradictoire de l'écrivain qui à la fois chantait la gloire de la religion chrétienne dans Zaïre, comme le croyaient et faisaient croire les piaristes, et celui sur qui l'église catholique jetait l'anathème.
Enfin la troisième catégorie des lecteurs est formée des hommes de lettres, susceptibles de bien comprendre l'idée, les techniques littéraires, le style et les transformer en leur propre idée et leur propre technique. L'examen des documents personnelles des auteurs pourrait être très éclairant sur ce point.
On aura donc différentes images de Voltaire polonais, selon le public qu'on prend en considération. C'est pourquoi dire que le Voltaire polonais était plutôt athée ou plutôt moralisateur c'est ne dire qu'une partie de la vérité. Il faut aussi se rendre compte de l'évolution historique de l'image voltairienne, de voir ses transformations par rapport aux buts que différents partis, aux différents moments voulaient atteindre. Le nom de Voltaire servait dans la propagande du parti réformateur lié à Stanislas Auguste, ses idées étaient utilisées par les insurgés pendant les luttes irrédentistes, etc.
Un autre problème qu'on pourrait relever c'est le degré d'intériorisation de la pensée voltairienne en Pologne, donc le phénomène de la mode, d'une connaissance superficielle de l'œuvre de Voltaire, des clichés qui se sont formés autour de sa personne. Il serait intéressant de voir comment le nom de Voltaire ou des mots-clés de sa philosophie, comme " tolérance ", apparaissent dans les conversations mondaines et comment ils sont utilisés dans la correspondance privée.
Il serait utile de se poser également la question concernant le différent conditionnement de la lecture. Les horizons du public français différaient de ceux du public polonais de la même époque, par exemple les bases philosophiques étaient différentes. Il faudrait donc bien examiner à quel point la philosophie anglaise était connue en Pologne et à quel point le lecteur polonais pouvait comprendre l'expérience anglaise de Voltaire. Une telle recherche pose le problème de se mettre au niveau du lecteur du XVIIIe siècle qui avait d'autres habitudes de lecture que celles du lecteur d'aujourd'hui qui lit après Borges. Il faudrait donc bien connaître le bagage culturel du lecteur ancien, être, par exemple, très attentif aux allusions concernant l'antiquité.
Puisque la problématique de la réception est une question non pas seulement littéraire, mais aussi sociologique et historique, pour bien la cerner, il faut se poser des questions qui ne sont peut-être pas directement liées au sujet, mais qui aident à comprendre le phénomène dans ses divers aspects. Il est bien de prendre en compte la stratification de la société, le phénomène de la francophonie de l'aristocratie, la circulation du livre, etc. La réception ne se limite pas aux traductions. Et, quoique le mémoire s'est surtout concentré sur les traductions, ce qui est le plus facile à examiner en une courte période, son auteur n'en est pas moins conscient.



LISTE DES TRADUCTIONS DES ŒUVRES DE VOLTAIRE EN POLOGNE

· Zaira [Zaïre], trad. S. Konarski, A. J. Orlowski, représentée à Varsovie (Collegium Nobilium Scholarum Piarum), 1747 et 1750, à Théâtre National 1774
· Amerykanie [Alzire], trad. S. Konarski, A. J. Orlowski, représentée à Varsovie, 1750, dans Collegium Piarum selon le programme des représentations de l'école. Texte non conservé.
· Henriada [Henriade], trad. A. J. Orlowski, 1750
· Tragedya Zairy i Orozmana [Zaïre], trad. M. Sapieha, Wilno, 1753 et Nieswiez, 1757
· Rzym wybawiony albo Catilina [Rome sauvée], trad. J. Zaluski, 1754, publ. J. Zaluski, Zbiór rytmów [Recueil de poèmes], vol. 3 (ici également la traduction de l'Epitaphe à la Marquise du Châtelet)
· Historya skrócona Karola XII, króla szwedzkiego [L'Histoire de Charles XII], trad. A. Hercyk, s. l., 1754, rééd. 1756 et 1775
· Smierc Cezara [Mort de César], trad. W. Mokronowski, dans l'imprimerie de Sa Majesté, Collegium Societatis Iesu, 1755
· Meropa [Mérope], trad. A. J. Orlowski, 1755 (pour Collegium Nobilium)
· Smierc Cezara [Mort de César], trad. A. J. Orlowski soit S. Konarski, 1756 (texte disparu)
· Nagroda cnoty [Le Café ou l'Ecossaise], trad. A. Moszynski, 1766 (l'existence de ce texte douteuse, mentioné par: Wybór róznych gatunków poezyi i rymotworców polskich [Choix de genres divers de la poésie et des poètes polonais], Warszawa, 1807, vol. 2, p. 97)
· Fragment du VIe chant de la Henriade [in] Monitor, 1766, no 62
· Bajeczka moralna. Nierozsadny projekt madrego czlowieka [Memnon] [in] Zbiór róznego rodzaju wiadomosci [Recueil de nouvelles diverses], Warszawa, 1770
· Le Marseillais et le Lion, [in] Zabawy Przyjemne i Pozyteczne [Jeux utiles et agréables], 1772, tome 6, part. 1, p. 17-32
· O naukach wyzwolonych w Europie za czasów Ludwika XIV [chap. XXXIV Siècle de Louis XIV], [in] ibidem, 1772, tome 5, part. 2, p. 267-284
· Zadyg albo przeznaczenie, historya wschodnia z francuskiego przelozona [Zadig], Królewiec 1773, aussi: Grodno 1776, Wroclaw 1786 et 1790, Warszawa 1800, 1803 ([in] Józefa Szymanowskiego wierszem i proza pisma rózne [Ecrits en vers et en prose de Józef Szymanowski]), Lipsk 1836 ([in] Pisma Józefa Szymanowskiego [Ecrits de Józef Szymanowski])
· Listy Woltera o Angielczykach [Lettres philosophiques], 1773 et 1793
· Meropa [Mérope], selon le programme théâtral du Collegium Piarum à Miedzyrzecze de 1774
· Sur l'insertion de la petite vérole (fgms) [in] Zabawy Przyjemne i Pozyteczne [Jeux utiles et agréables], 1774, tome X, part. 2
· Teressa albo tryumf cnoty [adaptation de Nanine], trad. A. T. Michniewski, Warszawa, 1775
· Oda na wojne 1771 Rossyaków z Turczynem [Sur la guerre des Russes contre les Turcs en 1778], List do Katarzyny II roku 1772 pisany [Epître à Catherine II], Wiersz starego Woltera do mlodej Delii [A la jeune Délie], Wolter do grabiny B [A Mme la Comtesse B], Wiersz Woltera do króla szwedzkiego [Au roi de Suède], trad. A. Naglowski, Zabawy Przyjemne i Pozyteczne [Jeux utiles et agréables], Warszawa, nos: XII, XV, XVI, 1775 et 1777
· Listy [Epîtres]: Do czlowieka laczacego smak z umiejetnoscia i umiejacego cenic uczonych [A un ministre d'état sur l'encouragement des arts], O potwarzy [A Mme du Châtelet sur la calomnie], O równosci losu ludzkiego [un chapitre du Discours en vers sur l'homme], trad. T. K. Wegierski, 1776
· Vanitas vanitatum. Próznosc nad próznosciami [Précis de l'Ecclésiaste], trad. A. Naruszewicz [in] ZabawyPrzyjemne i Pozyteczne [Jeux utiles et agréables],1776, tome 13, part. 2, p. 231-246
· Fragment du IIe chant de la Henriade [in] Monitor, 1777, no 62
· Nagroda cnoty [adaptation du Café ou l'Ecossaise], 1777
· Alzyra [Alzire], trad. Boxter, Jordan et Nowaczynski, Warszawa 1778 et 1779
· Królewna babilonska albo milosc na doswiadczeniu [La Princesse de Babylone], Lipsk, 1779
· O zapadnieniu Lizbony [Le Poème sur le désastre de Lisbonne], trad. S. Staszic, Warszawa, 1779
· Poema o zapadnieniu Lizbony, czyli nad falszywym tym axioma: Wszystko jest dobrze. Uwaga, pokazujaca nikczemnosc czlowieka i slabosc rozumu ludzkiego [Poème sur le désastre de Lisbonne], s. l., 1779
· Meropa [Mérope], trad. A. J. Orlowski, T. Nowaczynski, A. Ozga, Warszawa, 1779
· Tak sie to dzieje na swiecie [Le Monde comme il va] [in] Powiesci moralne z róznych autorów przez Imc Panne Uncy na dopelnienie jakoby powiesci Marmontela wybrane [Contes moraux de divers auteurs par Mlle Uncy, choisis comme supplément pour les contes de Marmontel], vol. 2, Warszawa, 1779
· Nierozumny zamysl czlowieka rozumnego [Memnon] [in] ibidem, vol. 4, Warszawa, 1780
· Alcyra albo Amerykanie [Alzire], trad. I. Lachnicki, Warszawa, 1780
· Rymopismo Woltera nad losem zawistnym Lizbony albo roztrzasnienie tego axioma: Wszystko jest dobrze [Le poème sur le désastre de Lisbonne], Warszawa, 1780
· Kandyd Wszedobylski czyli Naylepszosc [Candide], trad. J. Przybylski, Lipsk, 1780, 1793, Warszawa 1803
· Brutus [Brutus], trad. K. Skrzetuski, Warszawa, 1780
· Syn marnotrawny [L'enfant prodigue], trad. S. Trembecki (sur la page du titre: Ludwik Azarycz), Warszawa, 1780 et Lipsk 1806
· Dobry Bramin czyli niechcacy bydz uszczesliwionym fanatykiem [Histoire d'un bon bramin], trad. J. Przybylski, s. l. ni d. (Lublin, 1781)
· Memnon czyli madrosc ludzka. Powiesc filozoficzna [Memnon], trad. J. Przybylski, Lublin, 1781
· Sierota chinski [Orphelin de la Chine], Warszawa, 1781
· Samson, trad. J. Wybicki, Warszawa, 1781
· Meropa [Mérope], jouée à Drohiczyn (Collegium Piarum), 1782
· Jasio i Mikolajek [Jeannot et Colin], [in] K. Czerminska, Zabawka serc czulych, Kraków, 1785
· Babuk albo swiat jak sie obraca. Przypowiesc obyczajna z francuskiego [Le Monde comme il va], Lipsk, 1785, Warszawa, 1803
· Jasio i Mikolajek przez Woltera [Jeannot et Colin], trad. A. Felinski, 1785
· Brutus, trad. I. Zubowski en 1786, non publié
· Zaira [Zaïre], trad. pdp. F. Podoski, Warszawa, 1787
· Zaufanie zbyteczne w samym sobie zródlem jest wielu bledów i nieszczesliwosci czlowieka [Memnon], trad. T. T. Weichardt [in] Wiadomosci o damach i milosci rzadko kiedy miedzy ludzmi statecznie trwalej [Nouvelles sur les dames et l'amour rarement stable entre les gens], Grodno, 1788
· Mahomet Prorok [Mahomet], trad. J. Debouhr, Wilno, 1788 et 1792
· Triumvirat, trad. A. Felinski, créé 1788-1792
· Saul, tragedia wyjeta z Pisma Swietego [Saül], trad. I. J. Bykowski, Lipsk, 1789
· Bialy i czarny [Le Blanc et le Noir], trad. F. Makulski, Warszawa, 1790
· Tryumwirat [Triumvirat], trad. F. Gawdzicki (devait être représenté à Varsovie le 17 décembre 1792, interdit par censure)
· Tragedia Meropy [Mérope], Warszawa, 1792
· Wiek Ludwika XIV [Le Siècle de Louis XIV], trad. W. Serafinowicz, Wilno, 1793
· Ustawa natury przez Woltera do Fryderyka Wielkiego króla pruskiego [Loi naturelle], Ferney, 1795
· Wiersz o czlowieku [Discours en vers sur l'homme], Wiersz nad nieszczesciem Lizbony [Le Poème sur le désastre de Lisbonne], trad. J. K. Chodani, Kraków, 1795
· Co sie damom podoba [Ce qui plaît aux dames], trad. J. U. Niemcewicz, créé 1795-1796, publ. 1803 [in] Pisma [Ecrits]
· Szczyrzecki, historya prawdziwa wyjeta z rekopisma Ojca Quesnel z francuskiego przetlumaczona [L'Ingénu], Kraków, 1796
· O prawie przyrodzonym [Loi naturelle], trad. S. Chomentowski, Kraków, 1798 et 1802
· Nanina czyli uprzedzenie zwyciezone [Nanine], trad. I. Bykowski, Wilno, 1799
· Scythes joués en 1799 sur la scène nationale, trad. perdue, pdp. par J. Drozdowski
· Dzieje Karola XII, króla szwedzkiego [Histoire de Charles XII], trad. A. Kadyi, Kraków, 1800 (texte abrégé)
· Smierc Cezara [Mort de César], Semiramis [Sémiramis], trad. A. Ryszczewski, Warszawa, 1801
· Zaira [Zaïre], trad. K. Wolski, Warszawa, 1801 (contient aussi l'analyse de la pièce et l'avis sur Zaïre de M. La Harpe)
· Edyp [Œdipe], trad. J. Kruszynski, représenté à Varsovie, 1801
· Meropa [Mérope], trad. J. Drozdowski, Warszawa, 1803
· Henriada [Henriade], trad. J. K. Chodani, Kraków, 1803
· Henriada [Henriade], trad. E. Slowacki, Warszawa, 1803
· Pustelnik z Woltera [Zadig], trad. J. Swiderski [in] Zabawki wierszem i proza [Jeux en vers et en prose], Wilno, 1804
· Scytowie [Les Scythes], trad. S. Starzynski, Wilno, 1804
· Henriada [Henriade], trad. I. Dembowski, Warszawa, 1805
· Sierota chinski [Orphelin de la Chine], trad. J. Radowicki (acte I par S. Trembecki), Warszawa, 1806
· Rzym wybawiony [Rome sauvée], trad. I. Stawiarski, Warszawa, 1807
· Fragments de: Alzyra [Alzire], trad. L. Osinski, Zaira [Zaïre], trad. K. Wolski, Brutus [Brutus], trad. K. Skrzetuski, Meropa [Mérope], trad. J. Drozdowski, Smierc Cezara [Mort de César], trad. I. Zubowski (1786) [in] Wybór róznych gatunków poezji z rymotwórców polskich dla uzytku mlodziezy [Choix de genres divers de la poésie des auteurs polonais à l'usage de la jeunesse], Warszawa, 1807, part. 3
· Semiramis, trad. B. Paszkiewicz, Wilno, 1807
· Orestes [Oreste], trad. J. Drozdowski, représenté à Varsovie le 13 mai 1807
· Wolter dla mlodziezy, czyli wybór mysli i zdan ze wszystkich dziel tego slawnego autora zdolnych oswiecic umysl i ksztalcic serce - Le Voltaire de la jeunesse, ou Choix des morceaux les plus propres à former le cœur et à orner l'esprit, tirés des écrits de cet auteur célèbre, Wroclaw, W. B. Korn, 1809 et 1819
· Meropa [Mérope], acte IV, sc. 2, trad. S. Regulski [in] Pamietnik Warszawski [Le Journal de Varsovie], 1809, no 2, p. 358
· Memnon czyli madrosc ludzka [Memnon] [in] Pamietnik Warszawski [Le Journal de Varsovie], 1809
· Historia wschodnia o Zadygu [Zadig] [in] Oeuvres de T. K. Wegierski, 1811
· Smierc Cezara [Mort de César], trad. A. Wybranowski, Lublin, 1815
· Fragments de: Katylina [Rome sauvée], trad. P. Czajkowski, Meropa [Mérope], trad. S. Regulski [in] Pamietnik Warszawski [Le Journal de Varsovie], 1815, no 1, p. 410 et no 3, p. 68 et 20
· Zadyg czyli przeznaczenie [Zadig], trad. S. Klokocki, 1816 (manuscrit)
· Tankred [Tancrède] représenté en 1817, publié en 1836
· Alzyra albo Amerykanie [Alzire], trad. A. Wybranowski, Lublin, 1817
· Mieszko, ksiaze Nowogródka [L'Education d'un prince], trad. A. Mickiewicz, 1817
· Pani Aniela [L'Education d'une fille], trad. A. Mickiewicz, 1817
· Darczanka [La Pucelle d'Orléans], trad. A. Mickiewicz, 1817, publ. 1922
· Mahomet représenté en 1817 et 1823 (en manuscrit), fgms publiés dans Pamietnik Warszawski [Journal de Varsovie], 1822, no 1
· Fragments de: Tankred [Tancrède], trad. K. Tymowski, Brutus [Brutus], trad. A. Zdzarski [in] Pamietnik Warszawski [Le Journal de Varsovie], 1818, no 2
· Rzym oswobodzony czyli Katylina [Rome sauvée], trad. P. Czajkowski, Kraków, 1818
· Brutus, trad. K. Majeranowski, représenté à Cracovie, 1818
· Historia kwakrów z dziel Woltera [Histoire des quakers tirée des oeuvres de Voltaire], [in] Rozmaitosci [Faits divers], Lwów, 1819
· Memnon czyli madrosc ludzka [Memnon] trad. E. Brodzki [in] Pamietnik Lwowski [Journal de Lwów], 1819
· O przyrodzeniu rzeczy z Woltera [Loi naturelle] [in] Dziennik Wilenski [Le Journal de Vilnius], 1820, no 1
· Bialy i czarny [Le Blanc et le Noir] [in] Tygodnik Wilenski [Revue hebdomadaire de Vilnius], 1820, no 9, p. 65 et 101
· Smierc Cezara [Mort de César], trad. D. Lisiecki, représenté 1820 (manuscrit)
· Fragments de: Zaïre, Mahomet, Tancrède, trad. H. L. Zaleski, Warszawa, 1823
· Rady przez Woltera dane piszacemu dzienniki [Conseils à un journaliste] [in] Weteran Poznanski [Vétéran de Poznan], Poznan, 1825, p. 34
· O krytyce godziwej z Woltera pism [Sur la critique honnête, tiré des écrits de Voltaire], [in] ibidem, p. 363-368
· Zaira [Zaïre], trad. F. S. Dmochowski [in] Pisma wierszem [Ecrits en vers], vol. 2, Warszawa, 1827
· Smierc Cezara [Mort de César], trad. M. A. Dzieduszycki [in] K. Tanska, Rozrywki dla dzieci [Distractions pour les enfants], vol. 9, 1828 (2 scènes)
· Semiramis, Warszawa, 1830
· Fragments des traductions de différentes tragédies de Voltaire, Corneille, Racine par M. Wyszkowski, Warszawa, 1830



LISTE DES ECRITS POLEMIQUES AUTOUR DE VOLTAIRE

· S. Poniatowski, Les Remarques d'un seigneur polonais sur l'Histoire de Charles XII par M. de Voltaire, La Haye, 1741
· J. E. Minasowicz, List diabla do pana Woltera [Epître du diable à M de Voltaire de C. M. Giraud], 1761
· Wszyscy bladza, czyli sprawa z obydwóch stron niesluszna albo sad obojetny jednyi damy filozofki w terazniejszych okolicznosciach jezuitów roku 1762 wydany, a z francuskiego przetlumaczony, w polskim jezyku do druku podany, od N.N. [Tous errent, ou une cause injuste des deux côtés, ou le jugement indifférente d'une dame philosophe dans les circonstances actuelles des jésuites, édité en 1762, et traduit du français, imprimé en langue polonaise par N.N.], Gdansk, 1766
· J. Bohomolec, Odpowiedz na zarzuty wzgledem przeznaczenia boskiego [La réponse aux objections à propos de la providence], Warszawa, 1766
· S. Konarski, In impium poetam, quiamque sit autor carminis de terrae motu Ulyssiponensi [in] Opera Lyrica, 1767, trad. en polonais par Szostowicz, 1778
· Pewny dyskurs polityczny kadeta Szkoly Rycerskiej z konwiktorem ex Collegio Nobilium Scholarum Piarum o maxymach politycznych etc. w Warszawie dnia 20 augusti r. 1768 [Un discours politique d'un cadet de l'Ecole des Cadets avec un religieux ex Collegio Nobilium Scholarum Piarum sur les maximes politiques etc. à Varsovie le 20 août 1768] (mns Kras. 823)
· S. Konarski, O religii poczciwych ludzi [Sur la religion des honnêtes gens], 1769
· Religia w uporze albo rozmowy dwóch filozofów Rzetelnickiego i Omylnickiego o rzeczach w sprawie religii, pod swiatlo rozumu podpadajacych, a od modnej swiato-medrców filozofii pod watpliwosc wzietych [Religion dans l'entêtement ou l'entretien des deux philosophes Rzetelnicki et Omylnicki sur les affaires religieuses susceptibles d'être éclairées par la raison, et mises en doute par les nouveaux philosophes], Poznan, 1776
· Stopnie w przepasc ateizmu prowadzace, przez Eudoxa Prawowierskiego dla przestrogi i naprawy libertynów [Les marches menant à l'abîme de l'athéisme, par Eudox Prawowierski pour l'avertissement des libertins], Warszawa, 1776
· J. K. Trzcinski, Spowiedz, czyli jawne wyznanie P. de Voltaire [Confession publique de M de Voltaire], Lwów, 1778 et Kraków, 1780
· Bledy Woltera [Les Erreurs de Voltaire de l'abbé Nonnotte], 1779, 1780 et 1781
· Niedowiarstwo, prostemi zdrowego zdania zbite uwagami. Przetlumaczone z francuskiego 1773 die 20 Martii, do druku podane roku 1779 [L'incrédulité combattue par le simple bon sens], 1779
· Wolter miedzy nieboszczykami [Voltaire parmi les Ombres de C. L. Ricard], Kraków, 1781 et 1794
· T. T. Weichardt, List Imc Pana a Trahciew do nauczycielów filozofii w Polszcze, zapraszajac do obchodzenia pamiatki smierci pana Woltera [La Lettre de M. Trahciew aux maîtres de philosophie en Pologne invitant à commémorer la mort de M de Voltaire], Lipsk (Warszawa), 1781
· Historyczno-krytyczne wiadomosci o zyciu i pismach pana Woltera i inszych nowych filozofów [Informations historico-critiques sur la vie et les oeuvres de M. Voltaire et d'autres nouveaux philosophes], trad. de l'allemand (Christoph von Zabuesnig) par J. Przybylski, Warszawa, 1781
· Wyrocznia nowych filozofów dla dopelnienia i objasnienia dziel Pana de Voltaire [L'Oracle des nouveaux philosophes de l'abbé Guyon], Warszawa, 1782
· Dykcjonarz filozoficzny [Dictionnaire philosophique de l'abbé Nonnotte], 1782
· Filozofka, czyli rozmowa damy z filozofami [Une philosophe ou la conversation d'une dame avec les philosophes], Kraków, 1784
· W. R. Karczewski, O prawach fizycznych i moralnych swiata, czyli prawdziwe systema natury z dziel francuskich zebrane [Sur les lois physiques et morales du monde ou les vrais systèmes de la nature tirés des oeuvres françaises], 1791
· Nauki rzadza swiatem [Les sciences gouvernent le monde], Warszawa, 1792
· Skutki dziel Woltera przez Gallicyana [Les Conséquences des œuvres de Voltaire par un Galicien], 1792
· K. Surowiecki, Python, lipsko-warszawski diabel, kontragedia na tragedie "Saul", wyjeta z Pisma swietego, grana przez aktorów tamtego swiata [Python, diable leipzigo-varsovien, contragédie sur la tragédie "Saül", tirée de la Sainte Ecriture, jouée par les acteurs d'outre-monde], 1792
· S. K. Potocki, Scena ostatnia "Pythona" [La Dernière scène de "Python"], 1792
· K. Surowiecki, Góra rodzaca, bajka sprawdzona w XVIII w. [La montagne qui accouche, fable vérifiée au XVIII s.], 1792
· I. Krasicki, O rymotwórstwie i rymotwórcach [Sur la poésie et les poètes], [in] Dziela [Oeuvres], vol. 3, 1803, p. 382-383
· K. Surowiecki, Wolter miedzy prorokami [Du fanatisme de J. F. Laharpe), 1816



BIBLIOGRAPHIE

OEUVRES LITTERAIRES CONSULTEES

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Dobry Bramin, czyli niechcacy bydz uszczesliwionym fanatykiem. Powiesc filozoficzna, Lublin, 1781
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Historia wschodnia o Zadygu z Francuskiego na Polski wylozona jezyk, Wroclaw, 1786
Inwentarz biblioteki I. Krasickiego z 1810 r. [Inventaire de la bibliothèque de I. Krasicki de 1810], réd. S. Graciotti, J. Rudnicka, Wroclaw, 1973
Korespondencja Ignacego Krasickiego. [La Correspondance de Ignacy Krasicki], éd. Z. Golinski, M. Klimowicz, R. Woloszynski, Wroclaw, 1958
I. Krasicki, Do króla [Au roi] [in] Pisma wybrane [Ecrits choisis], Warszawa, 1954, vol. 2
I. Krasicki, L'Histoire, trad. J. B. Lavoisier, Paris, 1817
I. Krasicki, O rymotwórstwie i rymotwórcach [Sur la poésie et les poètes], [in] Dziela [Oeuvres], Warszawa, 1803, vol. 3
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A. Mickiewicz, Cours de littérature slave, [in] Pisma [Ecrits], Paris, 1860, vol. 9
Nadgroda cnoty. Komedia [La vertu récompensée. Comédie], Warszawa, w Drukarni J.K.M. i Rzeczypospolitej w Kollegium Societ : Jesu, s. d., in 12°
Nauki rzadza swiatem [Les sciences gouvernent le monde], Warszawa, 1792
Odpis na Monachomachia [Réponse à la " Monachomachia "], Wroclaw, 1969
J. Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse, éd. R. Radrizzani, Paris, Le Livre de Poche, 1992
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Syn marnotrawny. Komedia w pieciu aktach wierszem przestosowana przez Jmci pana Ludwika Azarycza, Dworzanina Rady Nieustajacej, za Przywilejem w Warszawie, 1780
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Voltaire, Candide, ou l'optimisme [in] Contes en vers et en prose, éd. S. Menant, Paris, Bordas, 1992
Voltaire, Discours aux confédérés catholiques de Kaminieck en Pologne par le major Kaiserling au service du roi de Prusse, [in] Œuvres complètes de Voltaire, éd. L. Moland, vol. XXVII
Voltaire, Discours en vers sur l'homme : Discours premier de l'égalité des conditions [in] Œuvres complètes de Voltaire, éd. Moland, vol. 9
Voltaire, l'Ecossaise [in] Œuvres complètes de Voltaire, éd. Moland, vol. 5
Voltaire, Enfant prodigue [in] Œuvres complètes de Voltaire, éd. L. Moland, vol. 3
Voltaire, Epître XLI. A Mme la marquise du Châtelet sur la calomnie [in] Œuvres complètes de Voltaire, éd. Moland, vol. 10
Voltaire, Epître LVIII. A un ministre d'état sur l'encouragement des arts [in] ibidem
Voltaire, Histoire d'un bon bramin, [in] Contes en vers et en prose, op. cit.
Voltaire, La Pucelle d'Orléans, chant V [in] Les œuvres complètes de Voltaire, Institut et Musée de Voltaire, les Délices, Genève, 1970, vol. 7
Voltaire, Mort de César [in] Les œuvres complètes de Voltaire, Oxford, The Voltaire Foundation, 1988, vol. 8
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T. K. Wegierski, Do Bielinskiego. Mysl moja. [A Bielinski. Ma pensée], [in] Kajetana Wegierskiego wiersze rózne [Poèmes divers de Kajetan Wegierski] [in] Pisma rozmaite wspólczeych wierszem i proza [Les écrits divers des contemporains en vers et en prose], éd. T. Mostowski, Warszawa, 1803, vol. 1
T. K. Wegierski, Do czleka laczacego smak z umiejetnoscia i umiejacego cenic uczonych [A un ministre d'état sur l'encouragement des arts], [in] ibidem
T. K. Wegierski, List do ks. Wegierskiego [Lettre à l'abbé Wegierski] [in] ibidem
T. K. Wegierski, O potwarzy. Do*** [in] ibidem
T. K. Wegierski, Organy. Poema heroikomiczne w szesciu piesniach [L'Orgue. Poème héroï-comique en six chants], Warszawa, 1956
T. K. Wegierski, O rownosci losu ludzkiego [De l'égalité des conditions], [in] Kajetana Wegierskiego wiersze rozne, op. cit.
Zadyg. Powiesc Woltera przekladania Józefa Szymanowskiego [in] Pisma rozmaite wspólczesnych wierszem i proza, op. cit.

OUVRAGES BIBLIOGRAPHIQUES

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Bibliografia literatury polskiej "Nowy Korbut": Oswiecenie [La Bibliographie de la littérature polonaise " Nouveau Korbut " : Les Lumières], réd. E. Aleksandrowska, Warszawa, 1966 (vol. 4), 1967 (vol. 5), 1970 (vol.6)
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Bibliographie de la littérature française, par R. Rancœur, no 3-4 de la Revue d'histoire littéraire de la France, 1992 et suiv.
Bibliographie d'histoire littéraire française, fondée par Otto Klapp, vol. XXVIII-XXXVII, 1990-1999, par A. Klapp-Lehrmann, Frankfurt am Main, 1991-2000
Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque Nationale, auteurs, tome CCXIV, Voltaire, Paris, Imprimerie Nationale, 1978
Polska bibliografia literacka [La Bibliographie littéraire polonaise], depuis 1952, Warszawa, 1972 et suiv.
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